oligone a écrit:
Quant aux privilèges. Oui je suis contre des privilèges indus, scandaleux et "indignes". Ceux qui sont riches et qui ont de l'argent sont aussi récompensés par leurs efforts et leur audace. Iln n'ont rien demandé à personne.
Oui, tu as raison, par exemple couler une boîte et se casser avec 4M d'€ de golden parachute pendant que des gens sont licenciés, ça n'a rien de scandaleux. Etre l'héritier des quelques grandes fortunes de ce pays (et qui se sont parfois construites dans des conditions troubles : ah L'Oréal, quelle belle entreprise française ! Suffit simplement de ne pas trop aller fouiner dans les poubelles de l'histoire) et être amené à vivre une vie de rentier pendant une dizaine de générations en déléguant les affaires à des hommes de main et des avocats, c'est vrai que c'est une belle récompense de leurs efforts et de leur audace. Bien sûr, tu as le droit de considérer que l'exploitation de l'autre sous toutes ses formes est une valeur morale, tu as le droit de ne pas être en colère contre ces dirigeants qui ont
laissé sciemment des hommes travailler au contact de l'amiante, alors que des rapports du début du XXe siècle prouvaient le caractère cancérigène de cette substance, etc. etc.
Alors si tu utilises les termes de "scandaleux" et "indignes" pour dénoncer notamment la condition des fonctionnaires de ce pays, cela prouve tout simplement que le poids des mots est bien du ressort idéologique abject dont tu te fais le héraut. "Et tu le vaux bien".
oligone a écrit:
Et pour cause, on n'est pas forcément si à plaindre que ça, au fond. Ce qui n'empêche pas que certains aient véritablement de bonnes raisons de se plaindre. M'enfin, si on prend le risque de venir sur notre territoire planqué dans un réacteur d'avion…
J'ai toujours été le 1er à dire ici que nous sommes très chanceux d'habiter notre pays (là où d'autres voudraient nous convaincre qu'il fait meilleur vivre aux USA ou au RU). Mais justement, comme tu le fais (enfin !) dans ta dernière phrase, la réflexion doit s'engager à l'échelle mondiale. Une révolution ? Je ne sais pas, le terme semble tellement connoté dans tes propos. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut une révolution au sens de transformation radicale de nos modes de vie, et cela n'est pas nécessairement synonyme de brutalités et de violences barbares. Ne parle pas comme d'autres de la "dictature du prolétariat", comme STB confond Marx avec le marxisme (qu'il devrait plutôt appelé le marxisme-léninisme), c'est une idée absurde. Mais le totalitarisme économique dans lequel nous vivons me paraît tout aussi absurde. Avant que certains ne bondissent devant le terme "totalitarisme", je tiens à justifier mes propos : nous vivons dans une société où les masses sont encadrées par les médias (regardez les audiences de TF1, c'est stupéfiant) qui diffusent majoritairement une propagande marketing destinée à acheter toujours et encore ("le temps de cerveau disponible pour Coca-Cola", je ne l'ai pas inventé) et qui nous vantent le bonheur de vivre dans la société de consommation. Comme Stakhanov, nous avons des modèles à suivre, qui nous indiquent le chemin, de la Mère Denis à Mamie Nova...Or, plus grave, la collusion entre pouvoirs médiatique et politique n'est plus à démontrer (de la constellation Murdock dans les pays anglo-saxons au copinage ouvert entre Bouygues et les gouvernements de droite, mais pas seulement) : les JT influençant même le sort d'une élection présidentielle (cf les images en boucle de l'agression de Papy Boise la veille du 1er tour de 2002). Face à la sacro-sainte loi du marché, dictée par les 2 ou 3 grandes places boursières mondiales, les gouvernements ne sont que des pantins, de même que face aux multinationales le pouvoir politique n'a aucune marge de manoeuvre (il ne peut même pas empêcher les délocalisations). Tous les pouvoirs convergent vers les mêmes cénacles, les citoyens étant totalement exclus de toute forme de décision (chose de plus en plus vraie dans l'étrange machin européen). Et puis, à l'échelle mondiale, la concentration de puissance et de richesse au détriment du reste de la planète est criminelle, tellement d'hommes et de femmes mourant tout simplement de faim ou de non accès à l'eau potable. Or, laisser des centaines de millions d'individus périr sous le prétexte qu'ils sont nés du mauvais côté de la limite Nord-Sud, alors que les moyens financiers, agricoles et sanitaires suffisants existent sur cette planète, cela ne peut-il tout simplement pas s'apparenter à un génocide ?
Continuons de nous donner bonne conscience en achetant le CD des Enfoirés ou de verser notre obole à Emmaüs, ce n'est pas ça qui réduit la misère et la pauvreté à toutes les échelles du globe, bien au contraire.
Edit : évidemment, le goulag d'aujourd'hui, c'est d'être enfermé...dehors, sous les ponts, en ayant tout perdu y compris son identité et sa dignité, qui font de nous des être humains.