Abidbol a écrit:
Les échanges entre Cambadelis et Mauduit sont aussi amusants :
Par mail également, j’ai fait savoir début juin 2014 à Jean-Christophe Cambadélis que je désirais le rencontrer pour vérifier avec lui les faits rapportés dans mon récit. J’ai insisté deux semaines plus tard par un SMS, lui signalant que j’avais découvert des faits importants le concernant et que je souhaitais m’en entretenir avec lui. En définitive, il m’a fait porter par son chauffeur, à la rédaction de Mediapart, cette lettre, en date du 9 juillet 2014, dont je respecte ici l’orthographe originale :
« Laurent,
C’est avec étonnement et un brin amusé que j’ai lu ton mail amical en vu d’une rencontre à propos de ton ouvrage. Depuis notre « sortie du PCI », tu me poursuis d’une vindicte pour le moins stupéfiante. Elle puise sa source dans ton éviction du poste de Secrétaire général de l’UNEF ? Ou de quelques propos que l’on t’aura rapportés ? Ou peut-être est-ce tout simplement ce que Pierre André Taguieff appelle la « force du préjugé » ? Mais il suffit de te regarder sur I-Télé pour mesurer la colère qui t’anime à mon égard. Quant à la gauche, tu as déjà prononcé notre acte de décès dans un précédent ouvrage. Je ne doute pas que tu trouveras quelques racontars pour illustrer ta nouvelle charge. Quant à apporter ma pierre, voire ma caution, à l’entreprise de démolition humaine et collective, cela ne me semble pas nécessaire. Tu le comprendras car ton jugement est fait ! Je vais donc décliner cette rencontre pour cet objet. » (Une copie de cette lettre peut être téléchargée ici)
Le 15 juillet, je lui ai répondu par mail :
« En réponse à ta lettre, je veux te dire mon regret. Je prends acte que tu ne souhaites pas me rencontrer mais je pense que c’est dommage. Car tu connais ma culture professionnelle, celle de Mediapart : les "racontars" n’y ont pas leur place. Comme tu as pu le constater tout au long des grandes affaires que nous avons révélées, de l’affaire Cahuzac jusqu’à l’affaire Tapie, en passant par l’affaire Bettencourt et bien d’autres encore, nous nous astreignons toujours à vérifier nos informations le plus méticuleusement possible. Et nous veillons toujours à respecter la règle du contradictoire. Tu avais donc bien compris que je souhaitais recueillir tes commentaires sur des faits très précis qui te concernent. Je regrette donc que tu te dérobes. Je le regrette d’autant plus que tu occupes désormais une fonction éminente qui peut susciter l’intérêt des citoyens et donc la curiosité légitime des journalistes. Je pourrais encore ajouter que certaines de tes remarques m’apparaissent obscures ou encore que je suis véritablement abasourdi d’entendre le premier secrétaire du PS, en charge si j’ai bien compris de réarmer intellectuellement son parti, prendre pour référence intellectuelle Pierre-André Taguieff, l’un des porte-voix des néoconservateurs français. Mais encore une fois, ce n’est pas cela qui m’occupe aujourd’hui. Ce sont les faits, seulement les faits – que je m’applique à reconstituer. En d’autres temps, lorsque j’écrivais un livre précédent, ton prédécesseur au poste de premier secrétaire, un certain… François Hollande, loin de me fermer sa porte, avait accepté de faire la critique de mon travail dans le journal Le Monde. Sans doute est-ce un signe de plus que les temps ont bien changé. J’en déduis que le droit à l’information des citoyens et le débat pluraliste et contradictoire ne sont pas des priorités pour le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste. »
Pour établir ce présent récit, j’ai également cherché à joindre de nombreuses personnes avec lesquelles j’avais jadis partagé mes engagements de jeunesse. Je me suis heurté à une poignée de refus de certains qui n’ont guère eu envie, pour des raisons que je devine, de me voir exhumer des pages sombres – sur la Mnef notamment. Au contraire de ceux-là, beaucoup de celles et de ceux avec qui j’ai partagé mes enthousiasmes de jeunesse m’ont chaleureusement accueilli. Nos retrouvailles furent souvent émouvantes. À toutes celles et tous ceux qui ont partagé les mêmes espoirs et les mêmes déceptions que moi, et qui ont jugé utile de me confier leurs souvenirs, je veux ici exprimer ma profonde gratitude.
On croirait deux putes qui se chicanent pour un bout de trottoir miteux et rameutent les passants pour obtenir gain d'cause.