graham a écrit:
@FDM : j'énonce seulement une évidence : pour que les salaires augmentent, il faut que la richesse produite augmente. Et dans les pays où il n'y a pas eu de Front populaire, le niveau de vie des travailleurs a augmenté quand même. Ca ne disqualifie pas pour autant les luttes syndicales, mais simplement il ne suffit pas de faire grève pour qu'il y ait du grain à moudre. D'ailleurs, toi qui est historien, tu as peut-être suivi les cours de Quellien, auquel cas tu sais que les grèves intervenaient pendant les périodes où l'économie se portait bien et où il y avait de l'activité. Les travailleurs n'étaient pas idiots, c'est dans ces périodes qu'il est le plus facile d'obtenir des augmentations de salaires et que la paralysie de l'activité est la plus dommageable pour les patrons.
Mouais, mais faut regarder les chiffres aussi alors. La France, pays qui n'avait pas les mêmes structures capitalistes et financières que les autres pays développés a été touchée à retardement, mais très sévèrement, par la crise de 29. Il n'y avait qu'environ 60 000 chômeurs dans le pays en 1931, là où ils seront plus de 420 000 en 1935. Entre 1929 et 1935, l'indice de la production industrielle a baissé de 25%, tandis que celui des prix de gros a chuté de plus de 40%. Tu crois réellement que le patronat aurait tout accordé sans ce rapport de force ? Il aurait dit : "mes pauvres gens, c'est triste votre situation, nous en sommes fort peinés, mais la conjoncture actuelle nous étouffe". Manuel Valls parle constamment de "responsabilité" lui. On a encore vu les chiffres catastrophiques annoncés de jour-même. La France renonce à redescendre en-dessous du couperet abscons des 3% de déficit public dans le PIB...jusqu'à l'élection présidentielle de 2017. De même, les ouvriers ont arraché ces avancées au gouvernement de Léon Blum, qui n'y était absolument pas favorable. Y sont fous ces gens qui votent pour nous, ils nous prennent au mot ! Bande de tarés, on déconnait, hein !
Mais par ton raisonnement, on est donc peut-être bien d'accord pour dire que c'est dans les périodes de crise que les pires politiques libérales permettent de mettre le couteau sous la gorge des salariés en leur imposant l'équation inique du "c'est ça ou c'est la porte, alors ta gueule !" "OK, boss, je reste, j'ai le crédit de la maison, mais je vais chercher un peu de vaseline".
On a vraiment l'impression que l'antienne hégémonique d'une caste politico-médiatique ne souffre d'aucun reproche. Cette vulgate serait la doxa inéluctable transmise par le dieu Capital et la contester constituerait le pire des blasphèmes. Nous, on sait, pas vous. Taisez-vous ! Mais il faut parfois admettre (ça s'adresse à tout le monde) que souvent, on croit savoir, alors qu'on ne sait pas qu'on croit !
Bien sûr, pour discréditer ce discours hétérodoxe (hérétique ?), on le taxe d'archaïque, d'irréalisable, etc. C'est donc bien la fin de l'histoire que d'être régi sur les bases de la physiocratie, née au XVIIIe siècle ?
Mais si tel était le cas, cette pensée n'aurait pas pu s'imposer et permettre la mise au rebut de l'économie féodale. Il semble pourtant que les forces de l'histoire ne soient pas à mettre de manière hautaine à la poubelle.