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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 12:45 
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Si une bonne âme a acces à cet article de Libé … merci d’avance !

https://www.liberation.fr/societe/tony- ... PUCNSEITE/

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 13:38 
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C'est malin. J'ai lu le début et j'aimerais bien lire la suite maintenant.


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 13:42 
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bah oui, ça fait trop envie.

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 13:45 
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l'accroche du co-auteur de l'article sur tw est bien prometteuse

" autopsie du «FC Vairelles», dans la France des Jardiland et des Don Diego de la Vega en Laguna."

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 14:29 
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Autre­fois, Tony Vai­relles a été un atta­quant cos­taud, doué et affamé. Il pour­chas­sait les bal­lons dans tous les coins, arbo­rait une nuque longue, lisait Pierre Bel­le­mare et s’habillait comme ceux qui paient pour le voir jouer – tri­cots simples, chaus­sures qui ne brillent pas, vestes qui se chi­ne­raient dans une bonne bro­cante. En 1999, Télé­foot est allé le voir, à Lens, où il a laissé son empreinte la plus belle. Il a 25 ans, vit avec ses parents sans s’ima­gi­ner ailleurs, fait de la gui­tare devant son chien, s’illu­mine comme un lycéen roman­tique quand on lui parle de filles. Com­ment ne pas aimer un type semant l’impres­sion d’aimer tout le monde ? Sa répu­ta­tion est faite, et lui la polit : ce Lor­rain bien­heu­reux s’est peut-être gouré d’époque, mais il trans­pire de bonnes valeurs du passé, comme la sacra­li­sa­tion des anciens. Il signera un contrat confor­table à Lyon, côtoiera huit fois l’équipe de France et échouera à la fin de sa car­rière au FC Gueu­gnon, qu’il tente de rache­ter en famille en 2009. Ça foire dans toutes les lar­geurs. Les Vai­relles dénoncent une vilaine arnaque, leurs détrac­teurs en Saône-et-Loire un clan gour­mand. Tony Vai­relles, 49 ans aujourd’hui, fils d’ouvrier, de HLM et fervent croyant, dit: «Vous avez vu, je n’ai que le foot et ma famille.»
«Comme un cow-boy dans un wes­tern»

Le 23 octobre 2011 lui redonne une place en grand sur les écrans. Une fusillade noc­turne éclate sur le par­king d’une boîte de nuit, les 4 As, pas loin de sa mai­son, en péri­phé­rie de Nancy. Bagarre, gra­buge et sang. Le nuage des gazeuses déver­sées par le qua­tuor de vigiles se dis­sipe. La BAC arrive. Trois des por­tiers sont tou­chés, un griè­ve­ment. Ils dési­gnent leurs agres­seurs: deux «jeunes alcoo­li­sés» qu’ils ont expul­sés, rejoints par un duo aux «che­veux milongs» et blou­son «en cuir». Sur l’asphalte, point de douilles mais un médaillon du Christ arra­ché dans la mêlée. Dans la fou­lée, la police alpague quatre des frères Vai­relles et ­audi­tionne le père. Tony, accusé d’avoir ouvert le feu, passe cinq mois au pla­card. Sa répu­ta­tion s’étoffe d’un asté­risque : au fait, le gen­til buteur a des racines gitanes, les­quelles pour­raient expli­quer bien des choses – le revol­ver facile, le sang qui bout, la ven­geance comme reli­gion.

Mi-mai, l’ex-inter­na­tio­nal a été ­condamné à trois ans de pri­son au terme de son pro­cès, maintes fois reporté, qui s’est tenu en mars à Nancy. Il vient de faire appel. Balles au centre, son livre, paru jeudi chez Hugo Sport, se situe entre la plai­doi­rie de la der­nière chance et l’autop­sie tou­chante de sa vie de famille, «le FC Vai­relles», esso­rée par une pro­cé­dure éta­lée sur une décen­nie et rapié­cée par quatre juges d’ins­truc­tion. Au point que le der­nier, pour déblo­quer le dos­sier, a épar­gné les assises à la fra­trie, trans­for­mant le chef d’accu­sa­tion de «ten­ta­tive d’assas­si­nat» en «vio­lences volon­taires, en réunion, avec usage d’une arme et pré­mé­di­ta­tion».

Dans le réqui­si­toire de ren­voi en cor­rec­tion­nelle, ce tour de passe-passe est jus­ti­fié par une belle for­mule latine: l’ani­mus necandi (la volonté de don­ner la mort) n’est pas éta­bli. La vérité de Tony Vai­relles, elle, est simple: jamais il ne s’est trouvé avec un flingue dans la main «comme un cow-boy dans un wes­tern». On l’a croisé soixante-quinze minutes chez son édi­teur, à Paris. Le bon­homme blond, aux into­na­tions et sou­rires enfan­tins, dit «Papa», «Maman» et «Tata Annie», entre deux rai­son­ne­ments cen­sés, tout de go, prou­ver son inno­cence. La nuque est courte, le corps noueux, loin des pec­to­raux bom­bés et ornés d’un cru­ci­fix en cou­ver­ture du bou­quin. Expli­ca­tion body­buil­dée : «On a pris la photo à ma sor­tie de pri­son, où on m’avait expli­qué com­ment mus­cler le haut – quand j’étais joueur, je fai­sais que les jambes…»

Sou­vent, il met sa car­rière d’atta­quant réglo, avec les coéqui­piers, les adver­saires, les arbitres, comme gage – un type comme ça ne pour­rait tirer sur per­sonne. «C’est comme quand je prends un car­ton rouge à Wem­bley [lors d’un match Arse­nal­Lens, ndlr] alors que j’ai rien fait. Je ne hurle pas, je rentre au ves­tiaire, parce que j’ima­gine que la jus­tice fera son tra­vail.» Le soupçon à son égard, tant que la jus­tice le renifle, peut néan­moins se ran­ger der­rière un argu­ment valide: qui a dit qu’un gars bien, ou consi­déré comme tel, ne pou­vait être cou­pable ?

Lors du pro­cès, la pré­si­dente lui a demandé sa pro­fes­sion. Il y a perçu un reproche, sa grande idée de Star Ac du foot res­tant à l’état de pro­jet mort-né de télé-réa­lité tant que l’épée de Damo­clès judi­ciaire pen­douille au-des­sus de sa tête: «Dix ans que je tra­vaille pas, à cause de l’affaire… Ma vie est en sur­sis. Quelque chose s’est brisé.» Il ne pen­sait pas méri­ter une bio­gra­phie, mais il fal­lait vider ses sacs. Elle le condamne à se pro­je­ter, encore et encore, aux 4 As, dont les retom­bées ont esquinté quelque temps Guydjo, son fils aîné, minot à l’époque. Le petit prend du poids et se recro­que­ville pen­dant les cinq mois de déten­tion. Un jour, il dis­pa­raît de la mai­son. Sa mère le retrouve un peu plus loin, sur une col­line, avec gâteaux, lampe et bous­sole. «Je vais déli­vrer Papa.»

Banane des For­bans et mous­tache crayon

A la barre, les habi­tués de la dis­co­thèque ont sou­li­gné la répu­ta­tion pois­seuse de l’endroit, avec une clien­tèle du genre à néces­si­ter l’embauche de gros bras comme les Di Napoli. Trois frères alle­mands d’ori­gine sici­lienne, craints dans la région pour leur «main leste», avec plaintes affé­rentes, qui bossent à la mine ou l’usine de l’autre côté de la fron­tière (la semaine) et déchaussent les molaires des fau­teurs de troubles à la matraque téles­co­pique (le week-end). Ils sont épau­lés par un qua­trième gol­goth d’outre-Rhin, un cer­tain Peter Ger­dum, natif de Pologne. Les Di Napoli tendent un miroir inversé aux Vai­relles : un clan d’orphe­lins soudé par un monde âpre, leur père tombé sous les balles dans leur enfance.

Le 22 octobre 2011 au soir, les Vai­relles sont réunis autour de Guy, flam­boyant pater fami­lias d’une fille et six garçons, avec banane des For­bans et mous­tache crayon. «Notre Don Diego de la Vega, res­pecté et res­pec­table», résume Tony. Guy, avec lequel l’atta­quant entre­tient «une rela­tion fusion­nelle», est son modèle et fut son agent. Iro­nie : pour arron­dir ses fins de mois, celui-ci fut videur dans la région. La famille, aux ori­gines gitanes par la mère, célèbre l’anni­ver­saire de la femme de Jimmy, l’un des fran­gins. A l’issue du dîner, il embarque le petit der­nier, Gio­van, bien­tôt 20 ans, pour une virée en boîte.

Dans la «salle années 80», Jimmy remue avec une bou­teille. D’un geste, Carlo Di Napoli lui fait com­prendre qu’on ne peut «consom­mer et dan­ser» en même temps. Jimmy remarque, nar­quois, qu’un trio se dan­dine verre à la main. Voilà la genèse du pan­dé­mo­nium à venir. La suite est floue, repeinte en dizaine de couches, au fil des années, d’audi­tions chan­geantes en silences fami­liaux. Jimmy est roué de coups au sol par deux des Di Napoli et leur com­parse Ger­dum – et c’est une des seules cer­ti­tudes de ce dos­sier. Gio­van
rue dans le tas et finit «savaté» (dixit un fêtard témoin), en posi­tion foe­tale. Les deux cadets des Vai­relles sont jetés en vrac sur le par­king, la tête en sang, une chaus­sure et les clés de voi­ture en moins. Les por­tiers croient entendre «on va reve­nir».

Vers 3 heures du matin, Tony Vai­relles est tiré du lit par quatre appels de Gio­van. L’ex-joueur demande à sa femme où est rangé le nerf de boeuf et déboule. Videurs et témoins parlent aussi d’une Laguna bleue, avec un quin­qua «à l’air gitan», «che­veux en arrière» et «mous­tache de Zorro». Guy Vai­relles ? Jamais mis en cause for­mel­le­ment, le fan­tôme du patriarche a plané au-des­sus des audiences. Tony Vai­relles l’inno­cente, for­cé­ment, mais le raconte prêt à se sacri­fier, avant son décès (quelques semaines avant le pro­cès), pour por­ter le cha­peau et pro­té­ger ses gamins. Après un conci­lia­bule fami­lial (à quatre? à cinq?) sur le par­king du Jar­di­land voi­sin, on bas­cule dans un truc à la O.K. Cor­ral, face au camion à frites déserté. Coups de matraques dans un nuage de gaz, jets de bar­rière. Et des tirs. Carlo Di Napoli prend une balle qui se loge contre ses lom­baires, et le han­di­cape encore lour­de­ment aujourd’hui. Son frère Bal­das­sare est tou­ché à la main, Ger­dum à la cuisse. A la barre, ques­tion simple : «Qui vous a tiré des­sus ?» Réponse una­nime : «C’est Tony Vai­relles.»

Face à nous, l’ex-atta­quant réclame de la logique : «J’aurais ramassé une arme dans le noir après m’être fait pas­ser la tête à la gazeuse?» Aucune arme n’a été retrou­vée. Un expert a estimé qu’un vieux revol­ver Nagant serait l’arme du crime, un pétard anté­di­lu­vien fabri­qué en Bel­gique et appré­cié de l’Armée rouge. Rien à voir avec le 22 long rifle retrouvé chez Tony Vai­relles, à côté d’une boîte de car­touches inen­ta­mée. Devant les enquê­teurs, son épouse Audrey est la seule à avoir des­serré les dents : «Tony, avec une arme à feu, non… Une matraque ou un cou­teau, peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas tou­cher à sa famille.» Les tests de poudre, trop tar­difs et approxi­ma­tifs, n’ont rien per­mis de conclure, même si des rési­dus ont été détec­tés sur quelques fringues. Il y a aussi le sys­tème de vidéo­sur­veillance de la dis­co­thèque. Dans le magné­to­scope, au lieu d’images de la soi­rée, une cas­sette qui contient… un concert des Enfoi­rés. Dans son livre, l’ex-joueur écrit : «C’est comme si un arbitre de foot­ball, au moment d’uti­li­ser le VAR avec beau­coup de retard, voyait défi­ler les images du vieux film de Jean-Pierre Mocky A mort l’arbitre !»
Une autre forme de logique a poussé les magis­trats : si ce n’est pas les Vai­relles, qui ? Alors, du ferme pour tout le monde. Jus­tice «au doigt mouillé», s’est indi­gné l’avo­cat de la famille, Fré­dé­ric Berna, ténor local. Les videurs, eux, ont écopé de sur­sis pour la vio­lence de leur furieuse inter­ven­tion ini­tiale.

Cinq mois de pri­son, et c’est le fil de sa bio­gra­phie, ont bou­sillé le «FC Vai­relles», qui a tou­jours tout géré en vase clos, des primes négo­ciées avec les clubs aux cour­riers de fans. Quand il est libéré en mars 2012, Tony perd momen­ta­né­ment sa viri­lité (ses cordes vocales sont tou­chées, il a une voix d’enfant, à cause du «trau­ma­tisme»), démarche Patrick Bruel pour se lan­cer dans le slam, s’enferme des jours chez lui et récu­père sa famille en confet­tis. Les mal­en­ten­dus et les non-dits ont tout gri­gnoté. Il pense alors que deman­der Audrey en mariage, mère de ses deux enfants, peut rani­mer la magie.

Quit­ter le cocon et évi­ter l’asphyxie

La céré­mo­nie est gâchée par des règle­ments de compte fami­liaux à haute voix et des piques de convives. «Des gitans m’ont évité des embrouilles en pri­son. Il y a de bons côtés dans cette culture, notam­ment dans l’amour de la famille, et d’autres moins bons. A mon mariage, j’en ai invité, ce sont mes racines : ils n’ont fait que cri­ti­quer, ils trou­vaient le mariage trop modeste.» Un proche loue une limou­sine, ce qu’il ne vou­lait sur­tout pas. «Ça devait être simple.» Sa mère lui enverra un mes­sage vocal d’une rudesse impi­toyable à l’endroit d’Audrey. Il l’écoute en voi­ture, inca­pable de décon­nec­ter le por­table de l’auto­ra­dio. Elle est à côté de lui. Elle entend tout. Lui qui n’a jamais quitté le cocon décide de s’ins­tal­ler à Bor­deaux pour évi­ter l’asphyxie. Les récon­ci­lia­tions prennent du temps. «Je tente de mettre ma vie en ordre.» L’homme, qui se targue d’avoir bien placé son argent dans la pierre, pré­voit ainsi que s’il doit retour­ner en pri­son, il tien­dra mieux à l’oeil ses loca­taires qui ne payaient plus pen­dant sa déten­tion.

Autre­fois, le foot­bal­leur a cor­res­pondu avec un homme d’Eglise fan du RC Lens. Qui l’a conforté dans sa foi, héri­tée de sa grand-mère, et sa concep­tion du des­tin. Il jure que celui-ci a déjà tourné en sa faveur. «Il y a long­temps, on pas­sait des vacances à la mer. J’ai plongé sous un bateau. Je suis passé à ça des hélices.» Le «ça» aurait pu lui tran­cher ses jambes et sa car­rière. De là, il dit qu’il ne regrette rien et que si c’était à refaire, il aurait agi exac­te­ment pareil sur le par­king des 4 As.

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 04 Juin 2022 15:10 
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Merci Molko !

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Merci. Triste histoire. Et encore plus s'il est condamné sans être le vrai responsable. Il peut éventuellement bénéficier du doute mais s'il est vraiment l'auteur des coups de feu, les Di Napoli ne vont pas s'en tenir là.


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 21 Juil 2022 12:34 
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Hello !
Quelqu'un aurait-il l'urbanité de partager cet article en intégralité ?

https://www.lemonde.fr/international/ar ... _3210.html

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L'histoire n'est pas la science du passé, mais la science des hommes dans le temps.


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 21 Juil 2022 16:03 
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C'est un bête copié collé, donc avec des intertitres et des légendes apparaissent de photos qui n'apparaissent pas ...

Bien avant Francis Ford Coppola, Brian De Palma ou Martin Scorsese, Honoré de Balzac et Victor Hugo ne sont pas pour rien dans cette affaire. Le premier, en 1842, dans Le Père Goriot, en parlant de son âme damnée, Vautrin, écrit : « Il n’y a de vie que dans les marges. » Le second, vingt ans plus tard, dans Les Misérables, à propos de la personnalité trouble de Javert, s’exclame : « L’histoire des hommes se reflète dans l’histoire des cloaques. » Tout est dit.

La mafia ne fascine pas seulement les écrivains, les cinéastes, les scénaristes de séries ou les auteurs de BD parce qu’il s’agit de crime. En fait, elle renvoie à un mystère, une noirceur sociale plus lourde, plus angoissante, qui suppose la violence. Les bas-fonds, la face cachée de la société, la pègre, le « milieu » avec ses lois, ses règles, ses codes, ses lieux et sa langue – l’argot – avivent les fantasmes d’une population au quotidien besogneux, terne et sans aspérité, pour qui le Mal, masqué mais omniprésent, résiderait au cœur de notre monde.

Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde : Mafias, comment le crime organisé menace le monde » 2022. Ce hors-série est en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.

Mettre en scène cette réalité dans un roman, un film ou une série permet de s’immerger dans les ténèbres d’un tragique pas du tout épuré. L’heure n’est plus comme chez Agatha Christie à résoudre un meurtre de salon en prenant un thé à 5 heures. Imagine-t-on Hercule Poirot se battre contre la Cosa Nostra ? Désormais, le lecteur ou le spectateur progresse « dans l’Asphalt Jungle, où, à chaque instant, des parcours nouveaux doivent être réinventés, où le danger guette, l’émerveillement aussi ; où la pire des fautes est forcément la naïveté », comme le notait, avec poésie, le regretté Jean-François Vilar, sans doute le meilleur auteur français de romans noirs.
Ainsi naît le roman noir

Tout a basculé le 16 janvier 1920. Ce jour-là, les Etats-Unis interdisent la vente et la consommation d’alcool sur tout leur territoire. La Prohibition entraîne l’explosion des bootleggers, revendeurs qui cachaient les bouteilles dans leurs bottes, et des speakeasies, ces bars clandestins. Mais surtout, elle permet aux organisations mafieuses d’origine sicilienne, arrivées avec la dernière vague d’immigration, de se lancer dans des trafics avantageux. Chicago, sous l’autorité d’Al Capone, acquiert la réputation douteuse de « capitale du crime ». A New York, Lucky Luciano organise un véritable syndicat du crime organisé. La corruption gangrène la police et l’administration. Très vite, la littérature populaire, celle des paperbacks (livres de poche) et des pulps (revues illustrées) comme Black Mask, va s’emparer du sujet et transformer les nobles bandits au grand cœur, style Arsène Lupin, en d’ignobles criminels prêts à jeter dans une cuve d’acide leur meilleur ami pour accroître leur empire.

Ancien journaliste et détective à l’agence Pinkerton, Dashiell Hammett (1894-1961) est le premier à raconter, d’une écriture sèche, l’âpreté d’un monde essoré par la Prohibition, les trafics, la contrebande, les bordels, toutes les activités illégales possibles et imaginables. Publiée en 1929, La Moisson rouge (Red Harvest en américain) dresse le portrait terrifiant d’une ville américaine, surnommée « Poisonville », en proie à la corruption, à la concussion, au crime organisé. Mafias et lobbys y gangrènent le corps social. La police est aux ordres de quelques malfrats afin de préserver leurs profits et leurs rapines. Dissection impitoyable de la « jungle urbaine », La Moisson rouge, admirée par Aragon et Malraux, est l’œuvre fondatrice d’un genre, le roman noir, qui a essaimé dans toute la littérature contemporaine. Egalement en 1929, une autre grande figure du polar, William R. Burnett (1899-1982) sort Le Petit César, où il relate l’ascension et la déchéance de César Bandello, caïd d’un gang italien de Chicago, qui n’est pas sans ressembler à Al Capone.

John Edgar Hoover, le tout-puissant patron du FBI, eut une idée géniale. Il fallait transformer les bandits des années 1930 en stars d’Hollywood, en Robin des bois des temps modernes.

L’année suivante, son adaptation au cinéma par Mervyn LeRoy, avec Edward G. Robinson dans le rôle principal, baignée d’un romantisme noir, posera les archétypes du film de gangsters. En 1932, Burnett écrira le scénario du Scarface d’Howard Hawks, splendeurs et misères d’un chef de gang à Chicago, Tony Camonte, surnommé « Scarface » (« le Balafré »), comme Al Capone. Censuré (la fin aura deux versions), pétri de références aux Borgia et critiqué à sa sortie, car montrant les truands comme de puérils analphabètes, le film de Hawks n’en demeure pas moins un chef-d’œuvre qui, lui aussi, installe l’esthétisme du film de gangsters au sommet du septième art. Le milliardaire Howard Hughes, propriétaire du film, en bloquera ensuite la diffusion jusqu’en 1980. Bertolt Brecht s’en inspirera pour sa pièce La Résistible Ascension d’Arturo Ui, parodie de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. En France, Julien Duvivier en empruntera plusieurs éléments pour réaliser Pépé le Moko, avec Jean Gabin, dans la Casbah d’Alger.

Quelques années plus tard, John Edgar Hoover (1895-1972), le tout-puissant patron du FBI, eut une idée géniale. Il fallait désormais transformer les bandits des années 1930 en stars d’Hollywood, en Robin des bois des temps modernes, mais en évitant les termes « mafia », « Cosa Nostra », « crime organisé », etc. D’où, dans la presse et au cinéma, des récits enflammés des exploits de John Dillinger ou de Bonnie and Clyde. Cet anticommuniste viscéral reprenait ainsi, en quelque sorte, une théorie développée par Karl Marx dans Matériaux pour l’économie (1861-1865) : « Le criminel produit un effet tantôt moral, tantôt tragique, c’est selon : ainsi rend-il « service » aux sentiments moraux et esthétiques du public. Il ne produit point uniquement des traités de droit criminel et le code pénal, partant, des législateurs de droit criminel, mais encore de l’art, de la littérature, des romans et même des tragédies, comme cela est prouvé par Les Brigands de Schiller, l’Œdipe de Sophocle et le Richard III de Shakespeare. Le criminel rompt la monotonie et la sécurité quotidienne banale de la vie bourgeoise. Il empêche la stagnation et suscite cette tension et cette mobilité inquiètes, sans lesquelles l’aiguillon de la concurrence lui-même s’émousserait. Il stimule ainsi les forces productives. »
 Changement d’optique

Du coup, Hoover envoie plusieurs de ses agents afin d’éplucher les scénarios sur les tournages de feuilletons comme Les Incorruptibles ou FBI. Il en déteste le producteur, Quinn Martin, qu’il traite d’insolent, de menteur et de rat (dans l’argot de la mafia et du FBI, ce terme désigne un traître, une balance) depuis que ce dernier a choisi pour héros Eliot Ness, un agent du fisc n’ayant rien à voir avec le FBI ! A l’écran, les agents doivent être bien habillés, ne pas fumer ou boire, ne pas apparaître au bras de jeunes femmes, et l’actualité ne doit pas être abordée. Une liste noire de personnes à ne jamais employer est dressée : Bette Davis, Dalton Trumbo, Jane Fonda, etc.

De son côté, la Mafia comprit elle aussi assez vite l’intérêt qu’elle avait à contrôler l’image de l’Honorable Société et des « hommes d’honneur » dans les films hollywoodiens. Il était urgent de transformer tous ces adeptes de la mitraillette et du règlement de comptes, façon La Femme à abattre, de Raoul Walsh, avec Humphrey Bogart, en une bande de -sympathiques Italo-Américains dégustant des pâtes dans l’arrière-salle d’une trattoria du Bronx. Sam Giancana, dit « Mooney » (1908-1975), le boss de l’Entreprise – comme se nommait la mafia de Chicago –, s’en chargea.

Enrichie par la contrebande d’alcool, le racket et la prostitution, la Mafia s’affirme désormais comme une véritable institution parallèle.

Pour la petite histoire, ce brave garçon, grand démocrate et ami de Joseph Kennedy qui, dans les années 1920, fit fortune dans la contrebande d’alcool, assura le financement de la campagne électorale à la présidentielle de son fils John Fitzgerald Kennedy… Notre parrain envoya donc à Los Angeles un ambassadeur, Johnny Rosselli, dit « Handsome Johnny », un beau parleur aux cheveux blancs et à la dégaine de playboy, pour nouer des liens avec l’industrie cinématographique et influer sur son contenu, tout en la rackettant. La légende veut qu’il aurait ainsi imposé Marilyn Monroe à la Columbia, favorisé la carrière de Sinatra et mis dans le lit de John F. Kennedy Judith Campbell Exner, une starlette, qui n’était autre que la maîtresse du mafieux Sam Giancana. Beaucoup plus tard, on retrouva le corps du beau Johnny dans un bidon de pétrole flottant au large de Miami : il avait été étranglé et on lui avait coupé les jambes. Il en savait, paraît-il, beaucoup trop sur l’assassinat du président des Etats-Unis à Dallas.
Façon tontons flingueurs

Enrichie par la contrebande d’alcool, le racket et la prostitution, la Mafia s’affirme désormais comme une véritable institution parallèle. En 1954, Sur les quais, d’Elia Kazan, avec Marlon Brando, relate comment, à travers un syndicat de dockers, la Mafia contrôle le port de New York. Raging Bull (1980), le film de Martin Scorsese tiré de l’autobiographie du boxeur Jake LaMotta, révèle ainsi comment l’organisation contrôle le monde de la boxe, détournant l’argent des paris et truquant les matchs. Toute une esthétique un brin complaisante va en découler avec des films comme la série des Parrain (1972, 1974, 1990), de Coppola, Il était une fois en Amérique (1984), de Sergio Leone, Il était une fois dans le Bronx (1993), de Robert De Niro, où les malfrats, certes impitoyables, sont montrés avant tout comme des hommes débrouillards et soucieux de leur famille qui, pour se sortir de la misère, n’ont rien trouvé de mieux que de rançonner leurs contemporains, façon tontons flingueurs la main sur le cœur, histoire de ne pas toucher au grisbi et d’éviter que les caves se rebiffent. Entre les apparences et la réalité, Hollywood choisira toujours les apparences. En France, les romans d’Albert Simonin, un ancien truand devenu un forçat de la Remington, après un passage dans la collaboration, vont dans le même sens, attachant mais folklorique.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Quand la Mafia infiltrait le tournage du « Parrain »

Le grand tournant se situe dans les années 1960 avec l’arrivée de la drogue. La Mafia a besoin de nouveaux débouchés et de conquérir d’autres marchés. La marijuana, l’héroïne, la cocaïne, le crack vont devenir l’envers du décor des civilisations occidentales. Et une façon rapide d’amasser le maximum d’argent. « Il n’existe aucune production au monde qui puisse engendrer une telle plus-value et un tel profit, et qui puisse de surcroît s’introduire et se répandre dans les circuits de l’économie légale », explique Francesco Forgione, journaliste et ancien député italien, dans Mafia export. Comment les Mafias italiennes ont colonisé le monde (Actes Sud, 2010).

En Italie, plusieurs romanciers – Leonardo Sciascia (Le Jour de la chouette, 1960), Andrea Camilleri (L’Opéra de Vigata, 1995), Roberto Saviano (Gomorra, 2006), Francesco De Filippo -(L’Offense, 2011) – explorent, loin des clichés en cours à Hollywood, la réalité étouffante de la Cosa Nostra -sicilienne, de la Camorra napolitaine, de la ’Ndrangheta calabraise et de la Sacra Corona Unita des Pouilles.
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Dans cette Italie où le crime organisé a fusionné avec l’administration d’une ville, d’une région, d’un pays, comment échapper au système mis en place par les « familles » qui, des marques de luxe aux ateliers de couture, de la mozzarella à la spéculation immobilière, du trafic de drogue au recyclage des déchets, contrôlent la vie quotidienne ? Sans oublier l’omerta respectée par tous et racontée avec humour par Camilleri lorsqu’un malfaisant tue un concurrent devant trois témoins : « L’un était sous la table parce qu’il s’était aperçu qu’il avait un lacet de chaussure défait, et il était en train de le renouer, le deuxième ramassait, toujours sous la table, une carte qui était tombée par terre, et le troisième, juste à ce moment, s’était pris un moustique dans l’œil » (L’Opéra de Vigata).
La quinzième puissance financière

Dans la Péninsule, Giancarlo De Cataldo, à la fois écrivain et magistrat, est un homme qui compte. Plusieurs de ses romans ont été d’immenses succès adaptés au cinéma ou en séries. Romanzo Criminale (2005) brosse quinze ans d’histoire de l’Italie, des années de plomb aux années 1990, vus à travers deux bandes de malfrats romains, leur ascension, leurs liens avec la Mafia, les services secrets, la loge P.2, les hommes politiques, puis leur chute sans que rien au plus haut niveau ne change.
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Suburra (2017) présente les deux faces de la pègre actuelle. D’un côté, celle des rues romaines d’aujourd’hui, une pègre anti-éthique, anti-héroïque, complètement différente de celle presque romantique de Romanzo Criminale, une sorte de lumpenprolétariat de la petite frappe, « des cani di bancata, des chiens malades, les derniers des derniers, qui se disputent les os du butin, sans projet, sans volonté, simplement pour contrôler 100 mètres de pavé, en tuant pour un rien ».

De l’autre, une mafia internationale, très organisée, qui doit représenter, en termes économiques, la quinzième puissance financière, capable de dialoguer avec Obama ou le gouvernement chinois en injectant sur les marchés réguliers d’incroyables quantités d’argent. « Où se situe désormais la ligne de partage entre le bien et le mal ? Où commence la démocratie ? Où s’arrête-t-elle ? Où est la légalité ? » s’interroge l’écrivain.
La démocratie mise en danger

D’après lui, la littérature policière ne peut se limiter à raconter l’enquête d’un policier traquant un serial killer qui menace la société. A l’instar des Français Jean-Patrick -Manchette, Jean-Claude Izzo, Dominique Manotti, Jérôme Leroy, l’Espagnol Manuel Vazquez Montalban, le Grec Petros Markaris, les Suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, l’Américain Don Winslow, il veut raconter une réalité où la démocratie est mise en danger par des pouvoirs, occultes ou non. « Le romancier n’a aucun devoir. Simplement, il a la possibilité de tendre un miroir à la société et de lui dire : voici la réalité, qu’est-ce que tu en penses ? Le monde n’est que le siège des pires injustices, le lieu d’une violence protéiforme, aujourd’hui la frontière entre le bien et le mal est pour le moins floue », commente ce grand admirateur d’Honoré de Balzac.

« Mieux vaut mourir jeune et devenir riche », explique un des héros de Giancarlo De Cataldo. Tony Montana, le personnage principal du Scarface (1983) de Brian De Palma, incarné par Al Pacino, pourrait dire la même chose. C’est d’ailleurs ce qu’il s’empresse de réaliser dans un pandémonium d’échanges de tirs qui ont des allures de parade funéraire et une orgie de sniffs de coke, qui tiennent du suicide. Film malade, outré, à la violence exacerbée, au langage cru, à l’esthétique clinquante, cette version dégénérée du rêve américain relève à la fois de la tragédie antique et d’une pièce décalée de Bertolt Brecht, un des dramaturges et metteurs en scène préférés d’Al Pacino. Gommant le contexte social et politique du Scarface (1932) d’Howard Hawks (un individu devient un criminel parce qu’il est entraîné par un processus social), De Palma et Al Pacino transforment leur Scarface en une plongée mouvementée au cœur du parcours d’un homme, Tony Montana, petit réfugié cubain exilé de force par le régime de Castro à Miami, prêt à tout pour réussir, mais tourmenté par le désir incestueux qu’il éprouve pour sa sœur.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés Al Pacino : « Scarface », la violence dans la peau

Mal accueilli à sa sortie en 1983, ce Scarface, grâce à l’interprétation d’Al Pacino et à quelques répliques cultes à la violence inouïe (« Le capitalisme, c’est enculer les gens »), devint peu à peu la référence d’une génération nourrie au rap, aux affrontements de gangs dans les rues, à l’argent facile, à la fin des illusions, au refus de l’American way of life. Il a ouvert la voie à d’autres films comme Les Incorruptibles (également de Brian De Palma), Les Affranchis, The King of New York, Bugsy, L’Impasse, True Romance, Donnie Brasco, Mickey les yeux bleus, A History of Violence, Les Infiltrés, American Gangster, etc. Il a également accompagné l’essor de ce « capitalisme de rues » né au début des années 1980 aux Etats-Unis, avec le déferlement du crack vendu à prix cassé aux plus pauvres, plus ou moins toléré par le gouvernement de Reagan, afin de financer sa lutte contre quelques gouvernements d’Amérique centrale jugés trop à gauche. Larry Fondation, un des écrivains les plus intéressants de Los Angeles, l’explique très bien : « Les pauvres n’ont qu’une alternative simple : travailler à McDonald’s ou travailler pour les gangs. Les deux fonctionnent de la même manière, comme le montre la série The Wire. Le McDo ou les gangs, c’est pareil : du business, du management, et une hiérarchie dans laquelle tu peux progresser. Parfois les dealeurs ont même une feuille de présence qu’ils doivent signer tous les matins, comme n’importe quel employé qui pointe… »
Tueurs en séries

Des séries comme The Wire, qui se déroule dans les rues de Baltimore, écrite par le journaliste David Simon épaulé par des auteurs brillants tels que Richard Price, George Pelecanos et Dennis Lehane, ou, plus récemment, Snowfall, de John -Singleton, décrivent avec réalisme les méthodes de ce nouveau trafic. Snowfall se déroule à Los Angeles et raconte l’envers du décor californien, à partir de l’histoire d’un petit dealeur black qui passe de l’herbe au crack et devient un caïd de la drogue, aidé indirectement par un agent de la CIA à la recherche de nouvelles sources de financement pour fournir des armes aux « contras » nicaraguayens. C’est âpre et sans concession. On est bien loin des tourments « familiaux » et professionnels des Soprano de la série du même nom, qui renouent en fait avec le folklore du parrain italo-américain en proie aux affres de la concurrence des petits jeunes en mal de reconnaissance et des exigences d’une épouse soucieuse de sa surface sociale.

Il est frappant de constater que ces criminels, tout aussi sanguinaires, violents et psychopathes soient-ils, sont rarement présentés comme totalement haïssables.

Quant à Ozark, elle montre avec malice et ironie le long cheminement des Byrde, famille de cadres de Chicago exilée au cœur d’une région paumée, au sein des cartels mexicains, qui n’ont d’autre solution que de devenir eux-mêmes des mafieux pour échapper à la fois aux malfrats, qui les guettent, et au FBI, qui les surveille. Preuve s’il en est que la drogue et les trafics qui vont avec font tourner aujourd’hui la majeure partie de l’économie américaine…
Un encanaillement salutaire

Reste que Don Vito Corleone, Tony Montana, Tony Soprano, pour ne citer qu’eux, sont devenus au fil du temps des sortes de mythes populaires, avec le risque que fiction et réalité se confondent. Est-ce dangereux ? Absolument pas, répond Dana Renga, une universitaire américaine spécialiste des films dépeignant la criminalité organisée, dans une interview donnée au Monde le 1er janvier 2022 : « La grande majorité des gens comprennent la différence entre la réalité et la fiction. Ils préfèrent passer du temps avec ces personnages car ça leur permet de rompre avec leur vie de tous les jours… Le critique britannique Murray Smith appelle ça « l’encanaillement imaginatif » : le spectateur consent à plonger, avec le héros, dans un environnement sale et dangereux, à l’opposé du confort et de la tranquillité auxquels il peut aspirer dans sa vie quotidienne. Vous savez que tout cela est faux, donc vous pouvez faire une sorte de pause dans votre vie. »
Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Même les véritables mafieux s’inspirent du mythe du “Parrain” et de “Scarface” »

Il est frappant de constater que ces criminels, tout aussi sanguinaires, violents et psychopathes soient-ils, sont rarement présentés comme totalement haïssables. L’anthropologue et philosophe René Girard explique que la cohésion d’un groupe s’effectue autour de ses boucs émissaires. Et quel meilleur bouc émissaire que le mafieux agissant dans l’ombre d’une ville tentaculaire ? A l’heure d’une culture populaire développée par le cinéma, la télévision et les écrans d’ordinateur, les scénarios qui mêlent crime, amour, sang, larmes, sexe, argent, pouvoir, amitié et secret enfoui ne peuvent que -capter un public de masse.

Pour résumer toute cette histoire de fusillades, de pétoires et d’assassinats, Raymond Chandler (1888-1959), autre écrivain américain de polars de poids, a eu cette formule : « Le monde ne sent pas très bon, mais c’est celui où je vis. »

Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde : Mafias, comment le crime organisé menace le monde » 2022. Ce hors-série est en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 21 Juil 2022 16:36 
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Merci beaucoup camarade.

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 21 Juil 2022 16:56 
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Quand on parle Hollywwod, Mafia italienne c'est rigolo.
Rosselli travaillait plus pour Mickey Cohen que Sam "Momo Mooney" Giancanna, le lunatique.
C'est Cohen qui a cornaqué Hollywood. Peut être avait il alliance avec les familles siciliennes, Rosselli sortait bien de quelque part.
Cette mafia était née de d'isolement et pauvreté de l'île, quand il fallait y établir un ordre.
New-York, berceau des mafias.
Les Irlandais, pas en reste et même pionniers étaient très policiers.
La Yiddisg Connexion n'avait que sa tradition de rationalisation des chiffres comme tremplin. Elle s'est imposée en bras armé des Juges de Paix, Siciliens. Inventant la banque d'échange de vendettas.
Ensuite chaque ethnie s'en est inspiré.

Article glamour se référant aux racines mais restant superficiel et lacunaire.
Soulignant quand même que c'est la faiblesse ou le désintéressement du pouvoir officiel qui induit la proportion, inverse du pouvoir des lois souterraines. Par défaut et faute de mieux.


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 11 Aoû 2022 19:41 
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Je pensais qu’il existait un sujet sur les bons plans à partager (créé, si je ne « m’amuse » par le maître des quizz et des concerts) mais pas trouvé trace alors je poste ça ici :

Offre pour abo Ouest France : 3 mois - 3€

Si cela peut intéresser un ou deux expats, comme moi, afin d’être à jour sur les bagarres prêts du port ou les trafics de bédos à la GDD ou à la folie.
(Et accessoirement sur la vie du SMC lorsque Mo prépare ses séminaires à Mondeville, exclusivement réservés aux pilliers)

Sinon y’a le libé du 29/07 avec Booba vs. Les influenceurs.

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j'avais vu une fois un bon plan du type tu t'inscrits sur le site de la BNF pour 15€/an et t'avais accès à beaucoup de titres de journaux.
Faudrait avoir la liste histoire de voir si y a les trucs locaux.


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Jolsen a écrit:
Je pensais qu’il existait un sujet sur les bons plans à partager (créé, si je ne « m’amuse » par le maître des quizz et des concerts)[/url]

Y'avait celui-ci, créé par Karibou :

[H.S] Radin - Picsou et économies

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Merci Martin ! Et Karibou du coup !

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