Molko a écrit :Assange arrêté dans l'ambassade où il était réfugié.
C'était prévisible, pour un petit Etat qui subissait de telles pressions de la part des Etats-Unis depuis 6 ans, le tout avec pour toile de fond les luttes intestines entre l'actuel président Lenin Moreno et l'ancien, Rafael Correa.
Assange était de fait un prisonnier politique au cœur de l'Union Européenne. Qu'a fait la "nation des droits de l'Homme" à son sujet (ainsi qu'à celui de Snowden) ?
Re: Contributions au débat politique
Posté : 11 avr. 2019 14:18
par Molko
Pour Snowden, la question se pose en effet. Pour Assange, ce serait de mon point de vue différent. Victime d'une machine judiciaire, c'est très probable, mais de là à en faire un martyr et un chevalier blanc...
Editorial du « Monde ». Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a été arrêté, jeudi 11 avril, par la police britannique dans l’ambassade d’Equateur à Londres, où il était réfugié depuis près de sept ans. Cette arrestation a deux causes : avoir enfreint, en 2012, sa liberté conditionnelle (il risque un an de prison au Royaume-Uni), et être visé par une demande d’extradition américaine pour avoir aidé un analyste militaire à obtenir des documents gouvernementaux confidentiels (il risque cinq ans de prison aux Etats-Unis).
Avant d’évoquer le sort des « lanceurs d’alerte » en lutte contre les secrets d’Etat, il faut préciser deux évidences. Premièrement, Julian Assange est un justiciable comme les autres. Ses démêlés avec la police ont commencé parce qu’il a refusé de se rendre à une convocation de la police suédoise qui souhaitait l’entendre après les plaintes de deux femmes pour agression sexuelle, au motif fantaisiste, à l’époque, qu’il craignait que la Suède ne le livre à la CIA. Il a eu tort de refuser de s’expliquer sur ces graves accusations.
Deuxièmement, Julian Assange n’est pas un ami des droits de l’homme. Lorsqu’il a approché, en 2010, cinq journaux, dont Le Monde, pour explorer le contenu de documents militaires et diplomatiques américains, l’accord était clair : WikiLeaks devait accepter la politique de ces cinq médias en matière d’éthique, notamment de protection des sources. Les documents publiés furent expurgés des identités sensibles de personnes vivant dans des pays totalitaires et pouvant être mises en danger. L’année suivante, M. Assange est revenu sur sa parole et a publié les documents, sans filtre, dans leur intégralité. Le Monde a dénoncé ce procédé ; d’autres médias, en revanche, ont continué à le soutenir. La réalité est qu’il a, ce jour-là, quitté le monde des défenseurs des droits humains pour rejoindre celui des absolutistes de la transparence, faisant, au passage, un cadeau aux pires services de sécurité de la planète.
Ce qu’il s’est passé ensuite avec Julian Assange est complexe, mais il en ressort une ligne directrice : le militant antiaméricain s’attaque aux secrets des pays démocratiques, et rarement à ceux de pays totalitaires. Il a travaillé pour Russia Today, la télévision pro-Poutine financée par le Kremlin. Et il a utilisé WikiLeaks, durant la campagne présidentielle américaine de 2016, comme diffuseur de documents subtilisés par les services secrets russes au Parti démocrate et à sa candidate, Hillary Clinton, dans le but de la discréditer. Il a, ce faisant, comme Moscou, aidé Donald Trump à remporter l’élection.
Le problème, avec l’inculpation américaine, est qu’elle vise à se venger de la divulgation de documents en 2010, alors que celle-ci relevait de la publication d’informations d’intérêt public. L’administration Obama avait refusé de franchir ce pas, ses juristes y voyant une atteinte au premier amendement de la Constitution, garantissant la liberté d’expression. C’est ce pas que l’administration Trump a franchi.
Outre que le pari de M. Assange de miser sur M. Trump pour alléger les menaces judiciaires pesant sur lui s’est révélé inutile, le fond de l’affaire inquiète les défenseurs de la liberté d’expression. L’inculpation est pour le moment limitée au fait d’avoir aidé sa source, l’analyste militaire Bradley Manning – devenu Chelsea durant sa détention –, à avoir piraté un ordinateur du gouvernement : c’est donc Assange le hackeur qui serait visé, et cela pose déjà question. Mais, si l’inculpation devait être étendue à la publication d’informations d’intérêt public, ce serait alors la liberté d’informer qui deviendrait la cible. Ce ne serait pas acceptable.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 13 avr. 2019 12:46
par M.O.P
Tu vas avoir des problèmes toi
Re: Contributions au débat politique
Posté : 13 avr. 2019 13:44
par Molko
Le vrai souci étant que lui risque d’en avoir s’il est livré aux USA.
Mais Je trouvais intéressant d’avoir un point de vue qui soit un tant soit peu nuancé: ni un ange, ni un diable mais quelqu’un qui doit absolument être défendu, quoiqu’on pense de lui, devant ce qui peut l’attendre, sans en faire quelqu’un au dessus des lois.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 13 avr. 2019 17:37
par François de Malherbe
Depuis que Le Monde est propriété de Xavier Niel, on a souvent droit à ce genre d'articles...
Or, c'est évidemment par la fin qu'il faut commencer : la liberté d'informer est cardinale ! Au même titre que pour les révélations en France sur Benalla, alors que la justice a tenté de perquisitionner les locaux de Mediapart.
Or, le fait est que les WikiLeaks sont à l'origine de la plus extraordinaire opération de compréhension du monde à destination des citoyens. Pour l'anecdote, qui aurait su que François Hollande et Pierre Moscovici s'étaient rendus en 2006 à l'ambassade des USA pour tempérer l'ardeur de l'opposition de Chirac à l'intervention en Irak ? Evidemment, les crimes de guerre, l'espionnage massif, les paradis fiscaux...Les personnes vivant dans des pays totalitaires ? Mais ce sont les révélations de WikiLeaks qui ont ébranlé le régime de Ben Ali en Tunisie.
Sans doute que la candidature de madame Clinton a été torpillée, mais on sait désormais à quel point elle et les caciques du Parti Démocrate ont triché pour écarter Bernie Sanders. Chris Matthews avait même réclamé que la CIA devrait "agir à l'israélienne et enlever Assange". Magnifique démocratie américaine, où on expédie vers la torture des prisonniers politiques dans une prison sous statut d’extraterritorialité (Guantanamo), probablement là où va finir Assange.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 14 avr. 2019 13:04
par Molko
C'est évidemment bien plus complexe que ça.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 14 avr. 2019 13:19
par basile
Oui si on est pas manichéen, il n'y a pas que des gentils et des méchants.
Exemple hacker un terminal, ce qui est illégal, pour dévoiler des secrets peu avouables mais d'intérêt public ce qui donne un statut protégé au lanceur d'alerte ne prémuni pas ce dernier des poursuites judiciaires pour la façon de le faire.
Dans cette histoire le hacker mérite une condamnation , mais pas pour divulgation.Il devrait y avoir plusieurs chefs d'accusation mais seul ce qui est prouvé et illégal, c'est à dire obtenir de façon illégale.Mais relaxé pour diffusion, si le contenu est, lui en premier dans la chronologie, illégal.
Il me semble qu'en France une loi protége les lanceurs d'alerte.Aux US je sais pas, il y a la liberté d'expression mais la-bas l'intérêt de la sécurité intérieure est supérieure.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 14 avr. 2019 18:51
par François de Malherbe
Molko a écrit :C'est évidemment bien plus complexe que ça.
Certainement, mais, par exemple, l'article mentionne une raison "fantaisiste" pour ne pas se rendre à la convocation devant la justice suédoise dans les affaires de viol, alors qu'Assange a été blanchi par la justice à ce sujet depuis 2017, ce qui pourrait être également mentionné de manière déontologique...
Bref, le fond de l'affaire n'est pas une histoire de méchants et de gentils, mais de légalité et de légitimité. On peut penser ce qu'on veut, mais tout le monde n'a pas le courage de prendre sciemment des risques immenses au nom d'une action pour le bien commun qu'on estime supérieure.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 14 avr. 2019 19:19
par basile
Quant au courage de prendre des risques ,oui, tu auras beau te cacher, dans ces cas là un état a les moyens d'emmerder ta famille qui n'y est pour rien et qu'on a pas forcement envie de mêler à tout ça.
Quant à mentionner qu'il a ete blanchi soit, c'est un oubli malheureux, mais ça montre aussi que la part des choses n'est pas faites et que, dans le doute, les droits de l'individus-ici des femmes- peuvent être bafoués par un chevalier blanc , au nom d'un interet superieur.
Et qu'un violeur aurait pu faire la nique à ces droits, car il a rendu service...mouais.C'est vrai que ca pose un peu.
FDM a écrit : Magnifique démocratie américaine, où on expédie vers la torture des prisonniers politiques dans une prison sous statut d’extraterritorialité (Guantanamo), probablement là où va finir Assange.
Probablement non, c'est une prison pour terroristes, qui ne dépendent pas d'un délit d'opinion comme le sont malheureusement des prisonniers politiques, mais des assassins, des voleurs, bref des criminels et au mieux des delinquants qui sont accusés de bafouer des lois pénales communes a tous les pays: meurtre, chantage, traffic d'arme et même ,oui ils sont capitalistes,blanchiment d'argent-l'apanage de nos puissants, n'est-ce pas FDM.
Des personnes excrément dangereuses pour la société, à droite, à gauche au centre sur les côtés comme par derrière c'est clair.Qui jouissent d'un traitement particulier...
La hackeuse appartenait à l'armée et c'est considéré comme une trahison, je sais plus mais c'est pas loin du peloton d'executio' dans l'armée,où chaque soldat doit pouvoir compter sur la loyauté des autres en cas de coup dur, ils travaillent pas dans des bureaux, mais face à des gens qui veulent les tuer.
Il ou elle a servi d'exemple.Et oui armée=discipline.
C'est cher payé, mais je crois savoir le hacker de l'histoire en liberté maintenant.
Et rien ne dit qu'il finira là-bas.Ce n'est pas un militaire ou quelq'un d'armé et dangeureux.
Tu as plein de bons sentiments mais je suis pas sur qu'avec tes sources pas toujours bien vérifiées tu saches bien comment ça marche, un pays , des pays, les gens, le pouvoir tout ça...Mais on sent qu'au bout de tout ces liens ya le reseau bien financé prêt à tout pour asseoir son pouvoir.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 15 avr. 2019 08:52
par rix
.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 15 avr. 2019 09:08
par basile
Tu enfonces les portes ouvertes petit scarabée.
Re: Contributions au débat politique
Posté : 15 avr. 2019 13:50
par François de Malherbe
Non, mais basile, Guantanamo, c'était pour la boutade, par rapport au fait qu'Assange n'est pas citoyen américain (raison pour laquelle il ne peut pas être condamné à mort aux Etats-Unis pour haute-trahison). Si j'ai bien compris, il est actuellement uniquement accusé de piratage informatique pour que l'extradition puisse se faire sans encombre. Sur le sol américain, il pourra alors être inculpé pour espionnage et être envoyé à perpétuité dans une prison de haute sécurité. Par ailleurs, le rôle de la France a été misérable vis-à-vis d'une personne qui a rendu service à la France par ses informations (notamment sur l'espionnage industriel, conduisant à faire rafler tous les gros contrats par les Américains et précipiter des centaines de milliers de travailleurs français dans la précarité) et qui a un fils qui vit en France...
Enfin, je me marre quand on ironise sur la puissance des services secrets russes et leur intrusion dans l'espace médiatique français. Visiblement, en France, on ne craint guère ceux des Etats-Unis tant ils sont installés au cœur de la géographie du pouvoir parisien ! Ça ne vient pas de sites complotistes, hein : on sait que la CIA était installée pendant plus de 50 ans à deux encablures de l'Elysée :Les Echos
Cent mètres à peine séparent, à vol d'oiseau, la terrasse de cet immeuble cossu de l'Elysée. De ce même observatoire, un jet de pierre suffirait à joindre le ministère de l'Intérieur ! L'ambassade de Grande-Bretagne n'est pas loin. Le voisin mitoyen n'est autre qu'Alcatel. L'immeuble suivant abrite la Fédération nationale du Crédit Agricole. En face, l'UMP a installé son siège... C'est là que, pendant plus d'un demi-siècle, la CIA a élu domicile, au 58 bis rue La Boétie, dans le 8e arrondissement. Dans l'un des plus beaux quartiers de Paris, au coeur du pouvoir économique et politique. Or cette cohabitation n'aura pas été passagère : elle aura duré cinquante-cinq ans, de 1948 à 2003.
Les riverains auraient-ils pu l'imaginer ? Difficilement car l'immeuble est invisible de la rue. L'essentiel des mouvements s'effectuait par une voie d'accès située à l'arrière de l'immeuble et donnant rue de Courcelles. Là, hormis le curé de la paroisse Saint-Philippe-du-Roule, les plus proches voisins étaient Préfon, le fonds de pension (à l'américaine, justement !) réservé aux hauts fonctionnaires de la République, et, un peu plus haut, la direction de la branche eaux minérales de Nestlé. etc.
Le Qatar, qui vient de procéder à l'acquisition de quatre hôtels français emblématiques, s'est aussi offert l'immeuble qui abrite le siège du journal Le Figaro, situé au coeur de Paris, annonce samedi le quotidien Le Parisien.
"L'émirat vient de s'offrir, pour environ 300 millions d'euros, les 23.000 mètres carrés de l'immeuble Neo qui abrite notamment "Le Figaro", 14 boulevard Haussmann, en plein centre de Paris", indique le quotidien qui ne précise pas l'identité de l'acquéreur.
L'immeuble abrite également des services de l'ambassade des Etats-Unis, ajoute Le Parisien.