(que de la blanche... un peu noire quand même)
Sale temps pour les braves, de Don Carpenter ; roman d'une vie en marge miracle américain ; 425p.
Thème :
"Abandonné dès sa naissance en pleine crise de 1929, Jack Levitt traîne ses airs de mauvais garçon et ses pulsions meurtrières dans la grisaille de Portland. Empoisonné par l'amertume qui fait bouillir son sang, Jack suit depuis toujours le parcours d'isolement que la société a prévu pour lui. Après l'orphelinat, la maison de correction; après la prison du comté, la prison d'Etat. Jack a vingt-six ans quand il sort de San Quentin. Affranchi par la connexion qui l'a uni à son codétenu Billy Lancing, Jack tentera de se libérer de la solitude de la vie, son ennemie de toujours, à travers l'aventure conjugale et la paternité. Mais là encore, la liberté est hors de portée."
Roman foisonnant, riche, typique de la nouvelle vague américaine des années 60, où l'on suit la vie d'un jeune homme pas vraiment gâté dès le départ. L'auteur démontre à quel point la société américaine fait tout pour enfoncer ceux qui sont au fond du trou, et où l'illusion socialiste fait vite flop tellement elle est en décalage avec la vie à l'américaine. C'est fort, c'est dense, c'est superbement écrit, c'est un roman incontournable.
La capitana, d'Elsa Osorio ; roman biographique traversant le XXème siècle des mouvements anti-fascistes en Argentine et en Europe ; 330 p.
Thème :
"Il y a des vies qui sont des romans qu'aucun romancier n'ose-I rait écrire par crainte d'être taxé d'invraisemblance.
Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets. À partir de ces notes, des rencontres avec ceux qui l'ont connue, des recoupements de l'Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n'être qu'une biographie en littérature.
Mika a lutté pour l'égalité, la justice et la liberté. À Paris, elle a participé, avec son mari, au mouvement intellectuel dans les années 30. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés le nazisme et les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme. Enfin ils ont rejoint les milices du POUM dans la guerre civile en Espagne.
Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d'une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa capacité à prendre les décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu'elle a commandés. Elle a fini sa vie d'inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d'amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en oeuvre tout son savoir-faire et son talent littéraire pour combler les trous de l'Histoire."
Mika Etchébéhère est une résistante dans l'âme. Dans ce roman, on suit son destin, ainsi que celui de son amour Hippolyte, à travers le spectre de l'émergence des mouvements communistes et anarchistes, en Argentine, en France, en Allemagne et surtout en Espagne, des années 20 à aujourd'hui, en passant bien-sûr par les coeur des années trente, véritable barycentre du roman. Montée du nazisme, défense de la Republica, Front populaire... tout y passe, et c'est ce qui fait de ce roman un grand roman historique. mais ce n'est pas seulement ça, c'est aussi une grande histoire d'amour, en fait des grandes histoires d'amour pour Mika, avec Hippolyte, un intellectuel argentin francophile, àqui tout réussit, et avec les grandes idées solidaires et égalitaires issues de la pensée marxiste. C'est beau, c'est intelligent, l'écriture et le déroulement de l'histoire sont originaux... Génial ! J'ai quand même hésité à mettre le troisième coeur, j'avoue, car ce roman (car s'en est un) est un peu bordélique dans sa construction. Mais c'est voulu, et ça retombe magnifiquement sur ses pattes. Donc, oui, ça en mérite bien trois, des coeurs.
