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Répondre en citant le message  MessagePosté: 02 Oct 2017 21:04 
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Jolsen a écrit:

Désolé Jojo, j'aurais bien voulu.
Mais, je ne vois pas cet article dans le dernier numéro...

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ultrAslan


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 02 Oct 2017 21:08 
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Tu as une interview ici : https://www.franceinter.fr/emissions/l-interview/l-interview-23-septembre-2017

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ultrAslan


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 02 Oct 2017 21:23 
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Arf tant pis Mo'.
Merci à toi !

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Moriarty a écrit:


Merci beaucoup !:)

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 03 Oct 2017 09:49 
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Article à la fois très intéressant et très révélateur d'un milieu qui se sclérose.

Et finalement, les vieux sont probablement ceux qui aiment le plus la sociologie pour ce qu'elle est.

J'ai des souvenirs horribles de TD de socio à Sciences Po avec un chargé de TD qui tenait des propos incohérents mais très marqués politiquement (2005 : les jeunes de banlieues sont des sauvageons qu'il faut torcher à coup de pieds au cul; Israël est un état fasciste, l'EZLN est un magnifique mouvement de libération).

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Caen, ville forte riche, spacieuse, belle de ses rivières, de ses prairies, de son port de mer ; elle se pare de tant d'églises, de maisons et d'habitants que c'est à peine si elle se reconnaît inférieure à Paris. GUILLAUME LE BRETON. Philippide, 1. VIII.


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 03 Oct 2017 11:09 
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Je trouve ça fascinant d'assister au naufrage d'un intellectuel, il y a un truc dans l’interaction de l'ego avec la dépression qui met du sel dans la plaie c'est un peu foufou.

Mon prof de philo n'en pouvait plus d'être dépité de la chute du mur du Berlin presque 10 &ns après et imitait une sodomie de truie entre deux internements.

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 03 Oct 2017 15:26 
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Oui c'est à suivre.

Un abonné à CI ?

https://www.courrierinternational.com/a ... 1507308288

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 24 Déc 2017 01:23 
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Un abonné le Monde svp ?

http://www.lemonde.fr/idees/article/201 ... 1514070624

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 24 Déc 2017 09:11 
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Face aux GAFA, « nos entrepreneurs sont culturellement dépassés »
François Némo, consultant spécialiste du numérique, estime dans une tribune au « Monde » que l’alternative aux géants de la Silicon Valley repose sur des plates-formes offrant des relations et des modèles économiques basés sur les valeurs européennes.

LE MONDE | 23.12.2017 à 07h00 | Par François Némo (Conseil en construction de plates-formes numériques)


« Notre seule alternative pour échapper à cette colonisation est de faire basculer les utilisateurs sur d’autres plates-formes en inventant d’autres formes de relations et de nouveaux modèles d’affaires.. »
Tribune. Est-ce un manque de vision, d’ambition ou quelque autre intérêt qui pousse nos capitaines d’industrie et nos chercheurs à baisser les bras en acceptant progressivement de collaborer avec les GAFA [les géants du Net Google, Apple, Facebook, Amazon] ? Tout le monde sait que cette supposée collaboration n’a pour but que de s’approprier les meilleurs de nos ressources en échange de quelques miettes sur lesquelles nous nous précipitons.
Surprenant ! Chaque jour, on voit émerger de nouveaux débats sur la régulation : comment se protéger des cyberattaques et de la diffusion des « fakes news » [fausses informations], comment se protéger des dérives de l’intelligence artificielle (IA) ou du transhumanisme. Mais jamais on n’aborde l’essentiel : le pouvoir.
Lire aussi : « Il faut accélérer la collecte des données de consommation et de comportement, et en sécuriser l’utilisation »

Car le pouvoir n’est pas la maîtrise, même si elle est nécessaire, de l’IA ou des algorithmes, c’est la conquête des opinions, de la multitude ! C’est la capacité de changer la vie des gens sinon le cours de l’histoire. Le pouvoir, c’est l’intelligence du monde, cette compréhension du « pourquoi » des gens et des choses qui fait appel à la subjectivité, à la culture, à l’intuition, à l’instinct, aux émotions.
Les applications grand public
Ce qui va nous faire gagner la guerre de l’IA, ce n’est pas la recherche et les applications technologiques, ce sont les applications grand public qui vont très simplement donner du sens (ou du contresens) à notre quotidien. Les institutions américaines l’ont bien compris qui, pour renforcer leur pouvoir, financent et assistent les projets innovants. Aujourd’hui la NASA collabore avec Uber pour développer des taxis volants. Une pertinence et une avance sur leur temps qui a permis à ces « aventuriers » de créer des plates-formes sans concurrence et qui aujourd’hui bafouent un droit évident, celui du choix.
Ces leaders ne sont cependant pas les principaux responsables de cette domination sans partage. C’est essentiellement notre incapacité à créer des contre-pouvoirs qui doit être mise en cause. Pourquoi nous nous sommes laissés enfermer entre les Etats-Unis et la Chine sans opposer la moindre résistance ? Une question que nous contournons soigneusement en accusant les grandes plates-formes de tous nos maux et en brandissant des mesures de rétorsion et de régulation plus ou moins illusoires.
CES LEADERS NE SONT CEPENDANT PAS LES PRINCIPAUX RESPONSABLES DE CETTE DOMINATION SANS PARTAGE. C’EST NOTRE INCAPACITÉ À CRÉER DES CONTRE-POUVOIRS QUI DOIT ÊTRE MISE EN CAUSE
Notre seule alternative pour échapper à cette colonisation est de faire basculer les utilisateurs sur d’autres plates-formes en inventant d’autres formes de relations et de nouveaux modèles d’affaires. Impossible, trop tard ? Ce sont les réponses que l’on entend habituellement. Bien au contraire, c’est un boulevard qui s’ouvre devant nous ! Tous les leaders sont à un clic de la chute. L’exaltation de la première révolution Internet fait place à un brutal désenchantement.
Brexit, montée des extrémismes, crise des réfugiés, crainte du terrorisme, écarts de richesse, division entre communautés, les réactions de violence et de rejet se multiplient face à la transformation profonde de la société à l’ère du numérique. Il existe une véritable attente pour inverser la tendance et faire émerger de nouvelles formes de gouvernance.
Des alternatives au monde technocentré
Avec sa culture, sa tradition de paix et de justice, l’Europe est légitime pour reprendre la balle au bond et se lancer dans l’exploration de ces nouveaux territoires tout aussi passionnants que vertigineux ouverts par les nouvelles technologies. Prendre le leadership de cette révolte et proposer des alternatives au monde technocentré, sans chair et sans historicité dans lequel nous entraînent inexorablement les leaders américains ou chinois.
La nécessité de créer de nouveaux modèles d’affaires passe d’abord par la nécessité de faire émerger de nouveaux entrepreneurs ! Il faut se rendre à l’évidence : notre logiciel est usé et nos entrepreneurs sont culturellement dépassés. Enfermés dans leur « pêché originel » – une culture entrepreneuriale linéaire axée sur l’ingénieur et les solutions techniques centralisées –, nos entrepreneurs sont incapables de sortir de leur « neutralité » technologique pour générer des idées et des actions créatives engagées.
Lire aussi : Jeremy Darroch : Internet ne doit pas devenir un « Far West » incontrôlable

C’est en dehors des actuelles filières de recrutement « raisonnables » qu’il faut trouver les nouveaux entrepreneurs qui, à l’image des leaders de la Silicon Valley, ont compris que l’avenir n’est pas le produit d’actions raisonnables, rationnelles et empiriques, mais qu’il répond à d’autres motifs beaucoup plus complexes.
« Le dernier espoir des démocraties libérales, actuellement en crise, réside dans le projet européen », écrit Yuval Noah Harari dans son dernier livre Homo Deus (Albin Michel, 464 pages, 24 euros), certainement la meilleure synthèse du monde qui vient. Face à l’avenir que nous proposent les géants de la Silicon Valley, le monde attend de nous entendre, parlons-lui sans tarder… Institutions, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, citoyens, refondons ensemble une Europe épuisée par son manque d’ambition en renouant avec sa triple promesse originelle de paix, de prospérité et de liberté. C’est notre seule et dernière chance !


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Répondre en citant le message  MessagePosté: 24 Déc 2017 09:29 
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Merci beaucoup !

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Merci beaucoup Bajku !

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Karibou a écrit:
ebdolejournal un hebdomadaire à venir fondé par les équipes de la revue XXI

https://ebdo-lejournal.com/

Il y a des chances que je sois client en effet.

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Sivouplé


http://mobile.lemonde.fr/idees/article/ ... tml?xtref=

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Répondre en citant le message  MessagePosté: 11 Jan 2018 23:44 
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Michelle Perrot : « L’absence de solidarité des femmes signataires de cette tribune me sidère »

Dans un entretien, l’historienne réagit à la tribune critique vis-à-vis de #metoo publiée dans « Le Monde » le 9 janvier.

Par Nicolas Truong
Temps de lecture : 7 min
Michelle Perrot, le 3 octobre 2009 dans les locaux du « Monde ». MIGUEL MEDINA / AFP

Historienne de renommée internationale, spécialiste de l’histoire des femmes, professeure émérite à l’université Paris-VII – Denis-Diderot à laquelle la revue Critique consacre un numéro entier, en septembre 2017 (n° 843-844 : « Michelle Perrot : l’histoire ouverte », éditions de Minuit), auteure de Mon histoire des femmes (Seuil, 2006), de Histoire de chambres (Seuil, 2009 - Prix Femina essai) et directrice, avec Georges Duby, de Histoire des femmes en Occident, Plon, 1990-1991 (5 volumes), Michelle Perrot fait une analyse critique de la tribune des cent femmes pour « libérer une autre parole », publiée dans Le Monde du mercredi 10 janvier et notamment cosignée par Catherine Deneuve.

Les cent femmes réunies en collectif pour « libérer une autre parole » ont-elles eu raison de vouloir contrer le « puritanisme » apparu selon elles avec l’affaire Weinstein ?

J’aurais aimé que ces cent femmes créatrices mettent leur connaissance du milieu artistique et médiatique et leur prestige « au service » des révoltées de #metoo, même si elles n’ont jamais eu personnellement affaire à des « porcs » ! On peut se sentir solidaire d’une injustice sans l’avoir éprouvée.

Leur distance de femmes non concernées, libres et triomphantes au-dessus de la mêlée des corps, réfugiées dans leur for intérieur inexpugnable, me déçoit plus qu’elle ne me choque. Leur absence de solidarité et leur inconscience des violences réelles subies par les femmes me sidèrent. Mais après tout, elles disent ce qu’elles pensent, d’autres partagent leur point de vue. Le débat existe. Il faut l’assumer.

Sur quels points les rejoignez-vous ?

Ces femmes attirent l’attention sur la frontière parfois ténue qui sépare drague, séduction, harcèlement, cette zone confuse, trouble, où les sexes se côtoient, sans savoir encore s’il s’agit de jeu, de désir ou de captation. L’imaginaire, la poésie, le roman s’y abreuvent. On peut comprendre. Mais s’agit-il bien de cela ?

Elles refusent que le sexe fort soit totalement assimilé à la race porcine, ce qui ne serait ni juste ni plaisant pour leurs partenaires, elles (ou eux)-mêmes dévalués par cette proximité. Mais en est-il question ? Assurément non.

Dénoncer les abus de quelques-uns ne représente pas la « vague purificatrice » de je ne sais quelle Inquisition

Elles redoutent que cette protestation féminine ne fasse reculer les frontières des libertés de tous ordres : sexuelle, artistique, créatrice. Qu’un moralisme de retour ne recouvre les plages découvertes et parfois rudement conquises par la pensée libertaire, comme jadis on recouvrait les nudités des fresques de Michel-Ange. Que le corps et le sexe redeviennent un monde interdit. Qu’au nom de la protection des femmes, un insidieux ordre moral ne favorise la censure contraire à l’invention créatrice et à la libre circulation des désirs. Dès longtemps, les analyses de Foucault ont démêlé les fils noirs de l’histoire de la sexualité et les pièges des interdits. Et là, oui, on peut frémir.

Quels sont ceux qui vous semblent inadmissibles et intenables ?

Ces arguments sont éculés, ressassés. Ils font des femmes les éternelles « emmerdeuses » qui empêchent de danser en rond. Des victimes trop faibles pour affronter les combats de la vie. Des ennemies des hommes envoyés « à l’abattoir ». Or, la protestation des femmes ne saurait être assimilée à une plainte qui les enfermerait dans le « statut d’éternelles victimes ». Au contraire, cette protestation, à la fois individuelle et collective, fait d’elles des actrices qui refusent et résistent à une pression, à une domination dont elles ne veulent plus. Le malentendu est total. Dire non, c’est justement s’affirmer comme individu libre.
sur le même sujet
« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »

Tous les hommes ne sont évidemment pas des prédateurs. Dénoncer les abus de quelques-uns, des Weinstein et assimilés, ne représente tout de même pas la « vague purificatrice » de je ne sais quelle Inquisition. Mais au-delà de quelques comparses, la force de cette parole enfin libérée est de dénoncer un système de domination considéré comme tellement normal qu’il est indécent d’en parler. Un système qui pervertit les rapports de sexes qu’on pourrait rêver autres dans de libres jeux de l’amour et du hasard.

#metoo est un appel pour que les hommes changent aussi ; ils sont très nombreux à le comprendre et à le faire

« Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité (…). Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. Notre liberté intérieure est inviolable », écrivent les auteures. Et cela est insupportable. Harcelez-nous, pelotez-nous, violez-nous : nous sommes au-delà de ces attentats qui ne sauraient nous atteindre. On croit rêver. « Notre corps, nous-mêmes », disaient les militantes du Mouvement de libération des femmes des années 1970. Ce que disent les femmes d’aujourd’hui, qui continuent leur combat.

Pour beaucoup de signataires, c’est le développement du « révisionnisme culturel » ou cette tendance à vouloir masquer ou retirer des œuvres jugées sexistes qui ont déclenché l’adhésion à ce texte. Comprenez-vous cette inquiétude ?

Sur le « révisionnisme culturel », il faut d’abord s’entendre. S’il s’agit de relire les œuvres du passé avec nos yeux d’aujourd’hui, nous le faisons tous les jours. On ne peut plus lire Céline, même le magistral Voyage au bout de la nuit, comme si de rien n’était.

De manière analogue (non identique bien sûr), la critique induite par la réflexion sur le genre nous conduit à relire autrement la littérature, comme Catherine Clément l’avait fait naguère pour les opéras, ou les textes philosophiques, comme l’ont fait Françoise Héritier, Françoise Collin, bien d’autres. Une telle lecture critique est non seulement légitime, mais nécessaire. Elle nous permet de comprendre dans quel système nous vivons, de quelles représentations nous dépendons.

Est-il légitime de vouloir changer la fin de « Carmen » ? Doit-on retirer un tableau de Balthus ? Fallait-il interdire la rétrospective Roman Polanski ?

Quant à censurer, cacher, voire modifier ces œuvres, littéraires ou picturales, ce serait insensé, comme supprimer la cigarette de Sartre sur sa photo. Elles existent à jamais. Balthus est intangible, même si nous le percevons autrement. Les films de Polanski aussi. Fallait-il l’inviter à ouvrir un festival ? C’est autre chose. Changer la fin de Carmen ? C’est un défi réjouissant. Une Carmen tuant le toréador, quelle histoire ! Mais c’est de l’ordre de la création, presque de l’interprétation.

Cette polémique est-elle le reflet d’une guerre des féminismes, avec d’un côté un féminisme d’inspiration anglo-saxonne venue des campus américain qui gagne la France et, de l’autre, un féminisme « à la française » ?

Les féminismes sont divers, et il y a depuis longtemps une différence entre les deux rives de l’Atlantique. Les Américaines ont toujours été plus hardies que les Françaises : MLF, Women’Studies, Gender Studies prennent leurs racines aux USA. Le féminisme français est tempéré – voire englué – dans une tradition de « courtoisie » et de « galanterie », qui demande à être déconstruite tant elle dissimule l’inégalité sous les fleurs.

Georges Duby avait naguère analysé le stratagème que représentait la courtoisie dans la conquête de la Dame. La galanterie est une merveilleuse invention du siècle des Lumières, qui fait des femmes les maîtresses des salons de la société en leur refusant l’égalité au nom d’une différence enracinée par la médecine dans leur corps. Le corps, centre de tout, hier et aujourd’hui, et que les femmes ont raison de vouloir défendre et s’approprier.

Le mouvement #metoo relève-t-il de la « délation » ou bien est-ce une étape décisive dans la longue marche vers l’émancipation des femmes ?

#metoo est un événement par son étendue, sociale, géographique, générationnelle. Un événement de la parole où se dit une souffrance longtemps tue, refoulée, une humiliation dissimulée. Il s’inscrit dans un combat commencé il y a longtemps, mais plus spécialement depuis les années 1970 : lutte pour l’IVG, contre le viol (procès d’Aix-Marseille en 1978 avec Gisèle Halimi), contre les violences faites aux femmes dans le travail, puis dans la sphère conjugale, dont les statistiques sont accablantes.

Par le droit à l’IVG, les femmes ont conquis leur habeas corpus, l’accès à une libre sexualité qui a avivé leur conscience d’elles-mêmes. Parallèlement, elles ont conquis leur indépendance par le travail (salarié ou pas). Les hommes ne sont plus pour elles des seigneurs et maîtres, mais des partenaires. L’attitude des harceleurs à la Weinstein est totalement dépassée, sans adéquation avec ce que les femmes sont devenues. C’est pourquoi elles redressent la tête et les envoient promener. #metoo est un appel pour que les hommes changent aussi ; ils sont nombreux, très nombreux, à le comprendre et à le faire. L’affaire Weinstein est à la fois un symbole éclatant et le début d’un processus qui ne fait que commencer.

Le gouvernement a-t-il raison de vouloir légiférer sur le harcèlement ?

Faut-il des lois ? Les féministes y ont eu souvent recours, car c’était pour elles le seul moyen de faire reconnaître leurs droits : lois sur l’IVG, le viol, pour la parité… ont marqué des étapes importantes et généralement positives, y compris symboliques : la reconnaissance des femmes comme individus libres.

La difficulté présente réside dans la définition du délit et son appréhension. Cela demande consultation juridique et psychologique, interrogation sur les effets pervers, réflexion en somme. Mais tout ne passe pas par la loi et il faut parfois s’en méfier. En l’occurrence, elle est moins importante que les changements de mentalité, y compris parmi les femmes. Visiblement, il reste beaucoup à faire à cet égard.

Par Nicolas Truong

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