Article de l'équipe :
DOIT-ON JOUER DEUX MATCHES EN QUARANTE-HUIT HEURES ?
CURIEUSEMENT, la décision de la Ligue de football professionnel (LFP) d’imposer à certains clubs de jouer deux matches en
moins de quarante-huit heures, l’an prochain, n’a pas suscité une vague d’émotion. Sans doute les clubs se manifesteront- ils l’an prochain, quand ils seront placés devant la réalité. Il sera trop tard.
Vendredi, donc, le conseil d’administration de la LFP a décidé que, dès la saison 2007-2008, sept matches de Ligue 1 seraient joués le samedi. À l’origine de cette décision, l’appel à candidatures relatif aux droits audiovisuels du magazine dominical. Au motif de le rendre plus attractif, la LFP a décidé de garantir au diffuseur ce minimum de sept matches du
samedi. Explications de Frédéric Thiriez, le président de la Ligue. « Les diffuseurs (Canal+pour Jour de foot et TF 1pour Téléfoot) se plaignent dudécalage des matches du samedi au dimanche. Il nous faut préserver
l’intérêt et la qualité de ces deux rendez- vous. »
Certains de ces sept matches avancés pourront concerner des clubs ayant joué le jeudi en Coupe de l’UEFA. Entre le coup de sifflet final le jeudi soir et le coup d’envoi du samedi, certaines équipes ne disposeraient plus des quarante-huit heures de récupération qu’imposent certains impératifs sanitaires (voir ci-dessous) et les règlements de la FIFA. Les règlements de la Ligue prévoient un délai de un jour franc entre deux matches.
Un effort pour les clients
La réplique de l’UNECATEF ne s’est pas fait attendre. Pierre Repellini, vice-président du syndicat des entraîneurs, a parlé de « mesure scandaleuse ». « On a choisi le business qui a pris le pas sur l’éthique. »
Interrogé, le docteur Rochcongar, ancien médecin des Bleus et du Stade Rennais, président de l’association des médecins de clubs pros, s’interroge aussi. « Toutes les études démontrent que trois jours de récupération sont nécessaires et qu’en quarante- huit heures, le délai est trop juste. Il ya risque de fatigue et de blessure, même si ce n’est pas immédiat. » Des médecins ont-ils été consultés avant que la décision soit prise ? « Pas à ma connaissance », poursuit Rochcongar, qui siège pourtant au conseil d’administration de la Ligue. Pour aider à faire passer la pilule, Jean-Claude Plessis, président de la commission marketing de la LFP, estime que la gêne sera limitée : « Ça ne concernera que six ou sept matches dans la saison et un ou deux par club. »
Les critères d’attribution par la Ligue de ces matches prévoient de limiter la casse. On peut penser en effet que si un club doit se rendre, par exemple, en Ukraine le jeudi soir et a un autre déplacement au programme le week-end suivant en Championnat, son match ne sera pas programmé le samedi en priorité. Aucun de ces matches ne devrait être programmé à 17 heures. Mais, souligne Plessis, il y aura des cas où l’égalité des chances ne sera pas respectée. En écho, Thiriez demande « un effort des clubs, des entraîneurs et des joueurs par rapport » à leurs « clients ». « C’est nul, grogne Jean Fernandez, l’entraîneur d’Auxerre. On s’est toujours battus pour trois jours. Déjà, quand on joue le jeudi et qu’on doit rejouer le dimanche à 18 heures, c’est trop court. Ça nous empêche de faire la sieste, ce qui est indispensable en évoluant tous les trois jours. » Même incompréhension chez Guillaume Warmuz, européen avec Lens et Dortmund. « Ça me pose vraiment problème. En ce qui me concerne, le lendemain d’un match, ça va, mais le surlendemain, je suis dans le dur. Si on me demande de jouer ce jour-là, c’est compliqué. » Et le gardien monégasque de proposer, pour équilibrer tout ça, un resserrement de l’élite à dixhuit, voire seize clubs, avec augmentation
des effectifs pour ne laisser personne sur le carreau. Avec de vraies vacances et une saison ne débutant que le 1er septembre, il estime qu’on pourrait demander davantage aux clubs. Mais c’est encore une autre histoire.
Diverses Réactions :
MICHEL D’HOOGHE, président de la commission de médecine sportive et de la sous-commission de contrôle du dopage de la FIFA,
demande le respect de l’intégrité physique des footballeurs.
« La fatigue, déclencheur no 1 des conduites dopantes »
« OUTRE VOS FONCTIONS médicales àla FIFA,vous êtes spécialisé dans la rééducation orthopédique et président du FC Bruges, donc au coeur de cette problématique de calendrier. Votre commentaire ?
– J’ai toujours eu un discours clair, net et précis au niveau de la surcharge d’activité des footballeurs et des sportifs en général. La tendance actuelle est outrancière puisque certains joueurs arrivent à disputer 80 matches par saison, ce qui est dramatique. Par le biais des différentes études que nous avons effectuées à la FIFA, je suis un fervent partisan d’une rencontre par semaine, voire deux au maximum lorsqu’il le faut. Au maximum ! Et d’un repos obligatoire de soixante-douze heures entre deux matches, alors que la règle actuelle impose quarante-huit heures de délai. Toute dérive inflationniste est une catastrophe…
– Quels sont les risques sanitaires objectifs potentiellement induits par cette suractivité ?
– Nos études prouvent avec précision que nous sommes passés, depuis ne
dizaine d’années, à de nouvelles atteintes physiologiques chez les pratiquants. Ce que l’on appelait communément entre nous le syndrome du “genou du footballeur”, avec lésions des ménisques et des ligaments, est en train de se muer en une pathologie différente, plus grave : aujourd’hui, avec le rythme hallucinant des matches, ce sont les cartilages des articulations –genoux et chevilles – qui trinquent… Mal vascularisés, ces cartilages se détériorent et nécessitent des traitements très pointus, comme la thérapie cellulaire. On cultive in vitro les cellules
concernées avant de les réintroduire dans la région malade afin de favoriser la régénérescence.
– Thérapie cellulaire ou dopage cellulaire ? La suractivité physique nourrit forcément les déviances…
– Bien sûr. La fatigue est le déclencheur no 1 des conduites dopantes. Tant que la thérapie cellulaire est utilisée pour traiter des sportifs malades, il me semble que c’est éthiquement acceptable. Le jour où ces mêmes traitements serviront à devancer les lésions et à renforcer les articulations a priori, avant les atteintes, on aura basculé. Et je ne vous parle même pas des produits conventionnels qui servent à reculer le seuil de fatigue… Alors, cessons de tirer sur la corde ! »
FRÉDÉRIC BIANCALANI, le défenseur de Nancy, proteste contre
la décision de la Ligue, qui, selon lui, fait fi de l’intérêt des joueurs.
« C’est honteux »
« QUE PENSEZ-VOUS de la décision prise par le conseil d’administration de la LFP, qui va obliger certaines équipes à jouer deux jours après un match de Coupe de l’UEFA, la saison prochaine ?
– C’est honteux parce qu’on sait très bien que quarante-huit heures après un match on n’a pas récupéré à cent pour cent. Ils veulent du spectacle mais, pour avoir du spectacle, il faut des équipes fraîches, des joueurs frais, et ça va être difficile de renouveler nos performances si on a joué deux jours avant… Cela veut aussi dire qu’il faudra un effectif très conséquent. Quand, le jeudi, tu vas jouer loin, en Coupe d’Europe, le coach ne pourra pas se satisfaire de prendre dix-huit joueurs. Il devra en emmener plus pour aller directement jouer le match d’après le samedi. Donc cela aura aussi un coût financier et des frais supplémentaires pour les clubs.
– Avec Nancy, vous avez notamment réussi à battre Lens (2-1) et Bordeaux (2-1) trois jours après une rencontre européenne.
– Oui, Lens avait joué comme nous en Coupe d’Europe, le jeudi, mais on a bien vu que pour faire ces perfs il faut un effectif conséquent. Soixante-douze heures, je pense que c’est bien, c’est le minimum. Il ne faut pas tomber dans l’absurdité de jouer quarante huit heures après.
– Frédéric Thiriez, le président de la Ligue, a expliqué qu’il s’agissait d’un effort demandé aux clubs et aux joueurs, par respect pour les “clients” de la LFP…
– Ah oui ? Les clients, c’est la télé, c’est ça ? Eh bien voilà, à partir du moment où tu fais passer le business avant le sport, cela aboutit à une décision incompréhensible.
– Comment expliquez-vous que le conseil d’administration et certains présidents aient pu entériner ce changement ?
– Je pense qu’il n’y avait pas trop le choix. L’UNFP, l’UNECATEF et les médecins étaient contre, je crois. Mais, apparemment, quand il y a de l’argent en jeu, ça ne sert à rien d’être contre. Si on fait appel à des gens pour leur demander leur avis mais qu’on n’écoute pas leur décision, ça ne sert à rien de les convoquer. Autant décider tout de suite. J’ai vu que le président Plessis (Sochaux) était pour et je dois dire que je suis assez surpris. Si ça lui arrive la saison prochaine et s’il se plaint de jouer trop dematches rapprochés, il faudra lui ressortir.
– Les syndicats de joueurs et d’entraîneurs se sont effectivement élevés contre cette décision mais on a quand même l’impression que tout le monde s’est résigné à l’accepter…
– Je ne sais pas. Moi, j’ai découvert ça dans L’Équipe ce week-end… Je pense qu’il faut attendre encore un peu pour que certaines personnes réagissent, ce que je trouverais tout à fait normal. J’espère que quelque chose va se préparer contre cette décision. Parce que si c’est juste pour avoir sept ou huit matches le samedi et les résumés dans le magazine du dimanche, juste pour montrer quinze secondes d’image… Et encore, quand c’est quinze secondes et qu’on ne parle pas des Championnats étrangers… Enfin, je trouve ça un peu scandaleux. »
Pablo CORREA (entraîneur de Nancy, ironique) : « C’est super, en tout cas c’est mieux pour nous parce qu’on ne jouera pas la Coupe d’Europe la saison prochaine.»
Benjamin GAVANON (milieu de terrain de Nancy) : « C’est bizarre comme décision.Chaque année, ondemande quele calendrier soit mieux conçu et c’est de pire en pire. Je ne vois pas comment on peut récupérer pour rejouer deux jours après un match. »
Gillot : « C’est complètement idiot »
Francis GILLOT (entraîneur du RC Lens) « Je ne me suis pas encore vraiment penché sur la question, mais forcer des joueurs à disputer un deuxième match quarante-huit heures seulement après le premier, je trouve cela complètement idiot. Je ne suis pas préparateur physique, mais tout le monde sait que ce n’est pas le lendemain d’un match que les joueurs sont fatigués, mais le surlendemain. Maintenant, je ne sais pas pourquoi le conseil d’administration de la Ligue a décidé ça. Je ne connais pas leurs arguments, mais cela ne va pas m’empêcher de me renseigner. Notamment auprès de mon président, Gervais Martel, qui est viceprésident de la Ligue. Je vais attendre avec impatience de savoir ce qu’il va me répondre. Parce que si cela devient vraiment effectif, il va falloir travailler avec des groupes de trente joueurs et composer des équipes bis. Quant à savoir si nous, les entraîneurs, pouvons changer cela, je ne le crois pas. Vous le savez bien, les entraîneurs n’ont jamais droit à la parole… »
_________________ "Même dans la défaite on va chanter"
mon blog : http://kalou31.skyblog.com

|