J'vais vous donner mon avis puisque personne ne me le demande.
J'avais choisi de fermer ma gueule (ce qui bien souvent est la meilleure chose à faire), mais la conférence de presse (
et son résumé ici) ont fini de me convaincre de l'ouvrir.
Je suis très content que Méluche, Alexis Corbière et les Insoumis combattent le FN « sur le fond ». (Ce sont d'ailleurs à peu près les seuls à le faire, il faut le dire...)
En ce sens, ils ont d’ailleurs à mon avis tout à fait raison et
sans ce mouvement le FN aurait certainement fait beaucoup plus dès le premier tour. C’est d’ailleurs parce qu’ils avaient – à mon avis – la seule et bonne réponse à la montée de ce populisme de droite, la seule et bonne réponse aux principaux de nos maux actuels, et qu’ils étaient en meilleure position pour l’appliquer, qu’ils ont eu ma voix dimanche dernier.
Mais on ne peut pas juste se laver les mains en se disant « démerdez-vous les mecs, nous on a déjà fait notre boulot ». (A la lecture de l'article en lien, c’est quand-même un peu ce qui est sous-tendu [On lutte contre le FN depuis des mois, inutile de nous donner des leçons].
Ils feront comment le 7 Mai, Méluche et Alexis, pour empêcher le FN d’arriver au pouvoir si il y est déjà ? A quoi ça aura servi qu’il ait, avec ses camarades, combattu le FN « sur le fond » pendant des mois ?
ça lui fait quoi, à Alexis, que les quelques centaines de milliers de voix qu’il a prises – de haute lutte - au FN lors du premier tour, y retournent finalement au second ? Car oui, c’est a priori ce que 15/20% des « insoumis » s’apprêtent à faire... et ce n’est pas juste en ne proposant pas l’ « option FN » lors d’une consultation citoyenne qu’on lutte contre ça.
On n’est certes pas responsable des gens qui votent pour soi, mais en tant que leader d’opinion, on a une responsabilité. Que l’on soit responsable d’un parti politique, ou porte-parole d’un mouvement citoyen n’y change, sur le fond, rien.
On ne peut pas considérer que les élections présidentielles sont terminées sous prétexte que notre poulain a été éliminé ou sous prétexte que nous abhorrons les idées des deux canassons restants.
On ne peut pas se concentrer dès aujourd’hui que sur les législatives.
On ne peut pas décemment se dire qu’entre Le Pen et Macron c’est la peste ou le choléra, non, désolé et ce n’est pas être moralisateur que de dire ça :
Y’en a un des deux qui ne fait pas la liste des enfants musulmans dans les écoles.
Y’en a un des deux qui ne supprime pas la cantine scolaire aux enfants de personnes ayant fui leur pays parce qu’ils y étaient en danger de mort.
Y’en a un des deux qui ne considère pas que ses origines lui donnent une supériorité génétique sur les autres.
Y’en a un des deux qui ne se réjouit pas intérieurement à chaque attentat parce qu’au fond ça l’arrange bien.
Ce n’est pas parce que « l’ancien monde est mort » qu’il faut le laisser aux mains d’une idéologie plus destructrice encore que le méchant Kapital, même si la première se nourrit évidemment, en partie, du second et de ses excès. Et je n’agite pas le « spectre du FN » pour faire peur (de toute façon, le FN et ses idées sont déjà là), et ce ne doit pas être, de toute façon, la seule motivation pour aller voter le 7 Mai.
Effectivement, on ne peut pas culpabiliser les abstentionnistes ou ceux qui votent blanc en leur disant « Ce sera votre faute si le FN arrive au pouvoir ».
Évidemment que ce ne sera pas « leur » faute.
Mais on ne peut pas non plus décemment laisser aux autres la responsabilité de lui faire obstacle en se disant qu’il y en aura bien d’autres qui le feront à notre place, et que cette fois encore ça suffira. Je suis désolé de le dire aussi crûment mais à mes yeux c'est un poil égoïste et irresponsable.
En tant que citoyens-électeurs, nous avons tous, collectivement, une responsabilité. L’enjeu n’est donc même pas FN or not FN, Macron or not Macron, c’est bien au-delà de ça, c’est l’idée que l’on se fait de la démocratie, de notre place au milieu de tout ça et du rôle que l’on y joue. Renoncer à jouer le jeu de la démocratie et de son fonctionnement –même malade comme actuellement – c’est donner du grain à moudre à tous ceux qui veulent la restreindre.
J’entends les arguments qui disent que l’on s’apprête à faire comme en 2002 avec Chirac qui a fait ce qu’il a voulu malgré son élection avec des voix de gauche. Mais ce n’est pas au second tour des présidentielles qu’on empêchera que cela se reproduise, notre levier n’est pas là.
Que Macron passe avec 51 % plutôt qu’avec 80%, ne lui fera pas changer ses idées, son programme, son futur gouvernement.
Lui foutre une tôle aux législatives, oui. Là est notre premier moyen de faire en sorte que l’histoire ne se répète pas.
Combattre le FN et ses idées, ça passe donc chronologiquement d’abord par le Dimanche 7 mai.
Macron me débecte, oui. Et il sera toujours temps ensuite effectivement de le combattre (ainsi que le FN) aux législatives, et de combattre encore, l’un et l’autre après, dans les quartiers, dans les associations, dans les manifs, tout ce qu’on jugera propice. Personnellement, humainement, pour la nouvelle génération, pour mes idées, je ne peux pas prendre le risque, dimanche prochain de me dire « merde, si j’avais su, je serais allé voter ».
(TL;DR)