Bien sûr.
Mais la question est complexe, et vulgariser sans être taxé de simplificateur est un art bien difficile. D'ailleurs, ceux qui défendent le traité expliquent-ils pourquoi ce traité doit être adopté ?
Le seul argument que j'ai entendu c'est "il faut accepter ce texte pour pouvoir négocier par la suite". C'est assez étonnant, puisqu'on avoue dans la phrase même que le texte n'est pas bon !
Citation:
Y a pas une différence entre un déficit structurel à 0,5% et l'autorisation du déficit budgétaire à 3% ?
Ben justement.
Le calcul du déficit structurel va être confié à la commission européenne. Cette notion ne fait absolument pas consensus entre spécialistes ; comment la commission (défendant les thèses libérales) va-t-elle calculer ce déficit ? Mystère et boule de gomme ...
C'est un peu gênant tout de même. Ce ne sont plus les représentants élus qui décident de la politique budgétaire ...
On sait néanmoins déjà que les dépenses d'investissement que l'on pourrait faire entrer dans une thématique de "transition écologique" ne pourront pas être intégrée dans les dépenses structurelles. Idem pour les dépenses sociales bien entendu.
Et en terme de PIB pour la France, 2.5% (la différence entre les obligations de Maastricht qui n'ont pu être respectées depuis la crise de 2008 et la nouvelle obligation imposée par le Traité) ça représente 50 milliards d'Euros de dépenses publiques en moins. On fait quoi, on privatise la Poste ? On ferme un peu plus d'hôpitaux ? On passe la retraite à 70 ans ?
Tout cela impose des choix qui n'ont pas été décidés lors de la campagne présidentielle, Hollande ayant lui-même promis qu'il ne ratifierait pas le texte en l'état.
Certains europtimistes disent qu'il faut valider le traité et ensuite se battre pour que de plus en plus de dépenses puissent être intégrées dans la case "dépenses structurelles" et qu'ainsi on contourne l'austérité automatique comprise dans le traité.
De mon point de vue, croire que la commission européenne, en ayant plus de pouvoir qu'auparavant, va miraculeusement changer de ligne idéologique, c'est se mettre le bras dans l’œil jusqu'à l'épaule.
Citation:
Un Etat qui revient à l'équilibre et qui se désendette retrouve aussi des marges de manœuvre pour mener des politiques sociales ou énergétiques ambitieuses par exemple.
Mais ce ne sera pas le cas ! Les objectifs annuels ne seront jamais atteint car les recettes fiscales diminueront à mesure que l'Etat réduira ses dépenses et que les voisins européens s'enfonceront parallèlement à nous dans la crise. Le mécanisme est en place ! regardez les taux de chômage dans la zone euro ... On ne sortira pas de cette crise de cette façon, c'est une certitude !
Aucun pays qui diminue ses dépenses publiques pour revenir à l'équilibre budgétaire en période de récession ne parvient au résultat espéré.
Ca n'a pas été le cas dans les année 1930 pour les pays riches.
Ca n'a pas été le cas dans les pays en développement lors des années 1980 (après la crise de la dette déclenchée en 1982), ni dans les pays émergents lors des années 1990 (Mexique 1994, Asie et Russie 1997, Brésil 1998, Turquie et Argentine en 2001 : tous avaient mis en place de telles politiques négociées avec la Banque Mondiale et le FMI ... Tous ont connu des crises économiques désastreuses, aux conséquences sociales encore visibles aujourd'hui).
CA NE MARCHERA PAS CHEZ NOUS NON PLUS. L'austérité entretient et accroît la récession, qui exigera de nouvelles politiques d'austérité. Et en plus, cela pousse à désintégrer notre protection sociale, à détériorer la qualité de nos services publics etc...
Vous me direz, "Mais on ne peut pas être aussi cons. Tu caricatures. Ce n'est pas possible, Ayrault s'y connaît mieux que toi, ainsi que Cohn-Bendit, il n'y a rien de dramatique."
Ben ouais, les bras m'en tombent.
Stiglitz (par exemple) ne comprend pas non plus pourquoi on en est encore là (cf. dernier paragraphe de l'entretien).
Et ouais, désolé, c'est un article de l'Humanité, mais le gars en question a tout de même été Economiste en chef de la Banque Mondiale, donc il s'y connaît un peu. Et il a répété ces propos dans toute la presse française, mais les autres titres n'ont pas mis les interviews en ligne gratuitement.
C'est là :
http://www.humanite.fr/social-eco/joseph-stiglitz-%C2%AB-notre-systeme-de-marche-ne-fonctionne-pas-%C2%BB-503741Bonus, plus austère, mais on ne pourra plus dire "je trouve aussi qu'on ne va pas au fond des choses" :
H. Sterdyniak, OFCE et membre des Economistes Atterrés :